Depuis presque un an, mon ami Alex suit les lundis sans viande. Bien qu’il soit touché par l’éthique animale, c’est surtout pour une question d’efficience qu’il a décidé de réduire sa consommation de viande. « L’argument économique en faveur du végétarisme est celui qui me touche le plus. Hubert Reeves le brandit régulièrement: si tous les habitants de la Terre suivaient la diète occidentale, y en a une méchante gang de plus qui mourraient de faim. » Récemment, Alex me disait qu’il avait décidé de ne plus manger de viande à la maison. « Ça solidifie la position la viande comme un événement spécial et ça permet de ne pas être le végétarien fatiguant dans les soupers d’amis ».
La position d’Alex est très proche de celle de Mark Bittman du New York Times dont j’ai parlé ici, dans un billet sur les flexitariens. Bittman a d’abord modifié ses habitudes alimentaires pour des raisons environnementales; c’est d’ailleurs une des principales idées qu’il défend dans son best seller Food Matters et qu’il expose dans la conférence qu’il a présentée à TED. Son véganisme à temps partiel a aussi été bénéfique pour sa santé. Il a perdu 35 livres, son taux de cholestérol a diminué de façon importante et surtout, il se sent en meilleure forme. Il ne s’empêche pas pour autant de mordre dans une entrecôte à l’occasion.
L’affaire est dans le sac
Lorsqu’il m’a dit qu’il était prêt à essayer d’être végéta(?)ien à la maison, j’ai proposé à Alex qu’on fasse l’épicerie ensemble chez Segal, le paradis du grano fauché et des caissières branchées. J’en ai souvent parlé, Segal est cette petite épicerie portugaise à l’angle St-Laurent et Duluth où tous les produits bio et végé sont proposés à une fraction des prix qu’on peut trouver dans les boutiques spécialisées. On avait quelques contraintes. Alex habite seul. Il cuisine, mais pas trop. Il cherche à faire le moins de vaisselle possible (il n’a que deux assiettes et autant de verres pour éviter les montagnes de plats souillés) et son frigo a tendance à avoir l’air d’un composteur. Autre difficulté, fallait que tout ça rentre dans son sac Cocotte. On a aussi mis de côté tout ce qui est frais. Il a une fruiterie à côté de chez lui, il pourra facilement compléter son épicerie au jour le jour de fruits et légumes de saison et surtout, en fonction de ses besoins.
Premier achat : des soupes bio en tetrapak Pacific. Je les adore, particulièrement celle à la courge musquée qui est aussi bonne froide que chaude. On a aussi acheté des craquelins Lavash et du baba ganoush. On a là quelques lunchs ou snacks de fin de soirée.
Côté protéines, on a acheté de petits burgers de tempeh (au rayon des surgelés). Alex n’aura qu’à les laisser mariner dans un peu de tamari avant de les faire revenir dans une poêle avec un oignon et quelques légumes. On a aussi acheté du tofu biologique et de la levure alimentaire. Comme le tempeh, tofu peut remplacer la viande un peu partout. Je suis également une grande fan des steaks de tofu à la levure. On enlève l’eau du tofu (en l’écrasant entre deux assiettes par exemple), puis on coupe en petit triangles qui vont mariner dans le tamari. On enduit ensuite les steaks de levure alimentaire avant de les faire revenir dans l’huile quelques minutes de chaque côté. Ça se mange froid ou chaud. Riche en vitamines B, la levure pourra aussi être utilisée un peu partout où on mettrait du fromage. Sur les salades, les pâtes et même sur le popcorn.
Pour remplacer les classiques pâtes, on a acheté des sobas. Alex pourra les cuire avec du chou frisé et les servir froides ou chaudes, avec une vinaigrette et quelques graines de sésame. On a également trouvé des légumes bio surgelés. Toujours pratique pour un sauté express. Il nous restait finalement un peu de place pour du café et des collations de compote de pommes, parfaites pour remplacer les oeufs dans plusieurs recettes et aussi délicieuses au petit déjeuner avec une barre tendre. La note finale : à peine 40$ pour un fond de garde-mangé bien garni.
La prochaine fois, il faut absolument penser aux légumineuses et aux grains entiers comme le lin. On pourrait aussi acheter du vinaigre de cidre de pommes, de l’huile de pépin de raisin et des noix. Alex devrait aussi s’acheter un bon livre de recettes végétaliennes comme Get it Ripe de Jae Steele ou le classique Veganomicon. Mais en attendant, on veut un bilan des premiers jours sans viande à la maison !
Collaboration spéciale d’un lecteur qui souhaite poursuivre les réflexions sur l’éthique de l’alimentation.
Dans cet article, je suggère que manger de façon éthique implique non seulement l’éthique animale et environnementale, mais aussi la lutte contre la famine.
Manger et liberté
Même si je te propose des arguments santé béton, tu as le droit de manger de la malbouffe ou des aliments transformés – personne ne peut t’en empêcher. Même si je te prépare un succulent repas santé et gastronomique, il se peut qu’il ne te plaise pas au goût. Autrement dit, ta santé ne concerne a priori que toi, et puis les goûts, ça ne se discute pas. Je peux bien sûr t’expliquer que c’est dans ton intérêt de bien manger (si tu veux vivre plus longtemps et moins malade), demeure que tu as toujours le choix de ce que tu mets dans ta bouche.
Est-ce si sûr ? Du moins, dans un système de santé public comme le nôtre, les modes de vie individuels ont des répercussions sur la société et sur l’économie de l’État. Nous faisons le choix de nous partager la note (ça donne en théorie un prix de groupe, mais surtout, c’est pour une justice plus équitable), de manière progressiste. Ceci implique que les dangers de la malnutrition coûtent à tous. En considérant que les maladies reliées à l’alimentation sont excessivement nombreuses et que les hôpitaux sont déjà engorgés, de petites doses de philosophie alimentaire ne peuvent que faire du bien, pour tous. Loin de moi l’idée de faire rentrer l’État dans notre assiette, ni de faire de la saine alimentation une obligation morale publique : seulement, je voulais relativiser l’idée que l’alimentation est un domaine 100% personnel.
Manger et ses conséquences
Même en acceptant le principe de liberté (grossièrement : la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres), consommer de la viande est-il un libre choix ? Pourquoi la liberté des animaux ne serait pas à considérer ? Par ailleurs, les conséquences environnementales de l’élevage intensif sont bien connues. Mais on omet souvent que nos choix alimentaires, tous régimes confondus, ont des répercussions sur la vie sur terre. Les cultures pour produire de l’huile de palme, par exemple, ont fait reculer des forêts vierges où habitaient des espèces menacées, comme les orangs-outangs. La monoculture en général menace les écosystèmes et si nous voulons épargner les animaux, éviter les produits animaliers (végétalisme) n’est pas suffisant…
Si la vie animale a une valeur, la vie humaine en a également, évidemment ! Est-elle pourtant en jeu lors de nos choix alimentaires ? Comme nous vivons dans un monde économique global, une hausse de la demande en Occident pour des produits comme le blé risque d’engendrer des difficultés économiques ailleurs dans le monde, ce qui signifie déséquilibres alimentaires, voire famines (consulter cet article interne, plus détaillé). L’économiste et philosophe Amartya Sen est célèbre pour avoir démontré que de nombreuses famines du XXe siècle sont survenues non à cause de bouleversements climatiques (sécheresse, etc.), ni par manque de ressources alimentaires (parfois, il y en avait même davantage), mais plutôt… à cause de bouleversements économiques ! Au bout du compte, la sécurité alimentaire est trop souvent une question de pouvoir d’achat et du prix des aliments.
D’un autre côté, œuvrer pour améliorer les situations économiques mondiales a ses effets pervers : les pays en développement adoptent le modèle occidental, ce qui signifie augmentation de la consommation, donc plus grand danger sur l’environnement et plus grande quantité d’animaux exploités. Et surtout, une question surgit : combien de personnes la planète Terre peut-elle nourrir ? Selon Worldwatch Institute, la production alimentaire de 1990 n’aurait pu nourrir que 2,5 milliards d’êtres humains sur un régime omnivore américain. Ce qui était bien peu par rapport à la population de 5,2 milliards d’alors, et de 8 milliards qui nous attend dès 2025. Il est évident que nous ne pouvons nourrir tout le monde sur le régime occidental actuel. Encore une fois, si la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres, il y a de sérieux problèmes en matière de compétition alimentaire, car on ne peut tous manger comme on veut sans priver d’autres personnes de le faire. La production peut bien sûr s’accroître, mais par le fait même, c’est l’environnement qui est en danger. Et la Terre a ses limites.
Famine et responsabilité : aider les autres à manger
En achetant en autant que possible bio, local, équitable, et surtout végétal, nous sommes déjà en faveur d’une éthique alimentaire non égoïste : ces gestes admettent que nous ne pensons pas qu’à nous-mêmes en faisant l’épicerie. En plus de notre santé et de nos goûts personnels, se trouvent impliqués l’environnement, la justice sociale des agriculteurs, l’économie locale, les futures générations, les animaux, et aussi… les autres êtres humains qui ne mangent pas à leur faim ! Ces derniers, pouvons-nous les aider simplement par nos choix alimentaires ou devrions-nous en faire plus ? Nous savons déjà que les précieuses ressources alimentaires que nous utilisons pour nourrir des animaux pourraient, en théorie, nourrir directement des êtres humains affamés – et même carrément régler la faim dans le monde. Mais en attendant qu’un système de meilleure distribution des ressources soit implanté, il serait intéressant de réfléchir sur une alternative.
Le philosophe Peter Singer est célèbre pour La libération animale, mais est également très engagé dans des questions telles que la pauvreté, l’environnement, la mondialisation et la bioéthique. Ce n’est pas une coïncidence que ce philosophe réputé pro-animaux soit en même temps pro-humains !
Dans Famine, Affluence and Morality, Peter Singer se sert du principe d’obligation de venir en aide à une personne en détresse. Dans nos sociétés, c’est même une obligation morale et juridique, par exemple en étant témoin d’un enfant qui se noie. Mais qu’en est-il des personnes qui meurent littéralement de faim dans le monde ? Si nous prenons au sérieux le principe que Singer évoque, il n’y a aucune raison objective pour que nous n’intervenions pas pour lutter contre la famine – la distance géographique ne diminue pas l’obligation morale, selon Singer, car ce sont toujours des personnes en détresse, en danger de mort, qui pourraient être sauvées si nous intervenions. Devant la pauvreté extrême, il y a selon Singer un devoir de sacrifier ce qui fait partie de notre richesse absolue, c’est-à-dire ce qui ne nous est pas absolument nécessaire. Qu’est-ce que signifie se priver d’un luxe (ou même, ne serait-ce que le reporter à plus tard) comparé à la vie d’une autre personne ? Nous pouvons jouir de la même qualité de vie en allant un petit peu moins souvent au cinéma ou en diminuant notre consommation d’alcool, par exemple.
Pour entendre Singer présenter son idée : (aller à 1:18)
Pour Singer, il ne s’agit pas véritablement de charité, mais de devoir(tout comme sauver une personne de la noyade). Nous n’avons peut-être pas de responsabilité causale de leur détresse, mais nous avons quand même une responsabilité morale, ne serait-ce que par le fait que nous avons le pouvoir, sans sacrifier grand-chose de notre côté, de les aider. Donner cinq dollars par mois serait suffisant si tous ceux qui le peuvent le faisaient ; Singer propose même un pourcentage de notre salaire, comme 1 à 10%.
« Conclusions » de ces réflexions
Mais maintenant, si nous considérons que l’éthique de l’alimentation est un enjeu global qui transcende notre choix alimentaire, comment aider sans nuire ? En plus du danger environnemental, il y a le danger de surpopulation dans le fait d’aider les gens souffrant de famine, et qui dit surpopulation dit nouveaux risques de famine. Il y a aussi l’enjeu social : même en aidant ces gens à se nourrir et à survivre (soins médicaux, habitations, etc.), il serait important de les aider à s’éduquer, à réorganiser leur société, à combattre la corruption, etc. Puisque l’aide humanitaire est une question très large et qu’aucune solution ne semble suffisante à elle seule, Singer propose une liste d’organisations ayant des objectifs distincts, quoique reliés par le souci d’améliorer la situation globale.
C’est dans cette liste que je suis tombé sur Vegfam : l’organisme d’aide internationale qui répond aussi aux principes d’éthique animale et de développement durable, le but étant de ne pas transmettre de mauvaises habitudes et de réellement aider tout le monde. Je ne pense pas que Vegfam soit la panacée, mais pour l’instant, j’ai le sentiment qu’il réconcilie plusieurs idéaux à la fois, et par le fait même, est peut-être le plus éthique (bien que j’accepte que ce soit discutable).
Si nous changeons déjà nos habitudes alimentaires par souci de l’environnement et de la justice sociale, je pense que la continuité logique est d’ajouter quelques dons humanitaires à notre liste d’épicerie.
On a du mal à s’imaginer une gang de gars allant souper Aux Vivres après leur game de hockey. La cuisine végétarienne a tendance à être une affaire de filles – pour chaque végétarien, il y aurait deux végétariennes. Reste que plusieurs gars, sans être complètement végétariens, décident de réduire leur consommation de viande et de produits d’origine animale. En attendant que la Cage aux sports offre des végéburgers et à quelques semaines des séries de la Coupe Stanley, j’ai essayé de voir ce que pouvait être de la bouffe de gars végétalienne.
Mon meilleur souvenir de bouffe de gars, c’est à Londres, avec Michel. Un samedi après-midi, on est dans un pub qui a des apparences de wagon de métro à l’heure de pointe. On assiste à un match de foot (ne me demandez pas qui jouait!). Évidemment, on commande un fish and chips. Mon premier – et dernier – à vie. Un plat qui n’a en apparence rien pour me plaire – un poisson sans nom entouré de panure, puis fruit, et accompagné de frites pour faire équilibré. J’avais pourtant adoré, et quelques années plus tard, j’en garde toujours un souvenir assez heureux.
Pour ma première tentative de bouffe de gars végan, j’ai essayé de reproduire le fish and chips londonien. Sans poisson et sans friture.
Le (faux) filet de poisson
Il s’agit de faire mariner des bâtonnets de tofu, de les enduire de panure et de les faire revenir dans l’huile. Par contre, on a beau vouloir manger trash, il faut quand même faire attention à acheter du tofu bio. Pour certains aliments, on peut se demander si l’appellation bio est vraiment nécessaire, mais pour les produits du soja, faut pas hésiter. 25% du soja produit au Canada serait transgénique. Les proportions peuvent être encore plus importantes pour le tofu importé. Pour savoir quels aliments peuvent contenir des OGM, on peut consulter le guide de Greenpeace.
Un bloc de tofu (450g)
Marinade
2 gousses d’ail émincées
1 c à thé de poivre
1 c à thé de cumin
1 c à thé d’aneth
1/2 tasse (125 ml) de vinaigre blanc ou de vinaigre de malt
sel, poivre
(ici, n’hésitez pas à ajuster en fonction de ce que vous avez, et même à utiliser de la panure commerciale)
Il d’abord faut enlever l’eau du tofu, en mettant le bloc dans du papier absorbant et en l’écrasant quelques minutes. Ensuite, on coupe en « filets » et on laisse mariner d’une à quatre heures. Finalement, on enveloppe chaque filet de panure et on fait revenir dans l’huile quelques minutes, jusqu’à ce que lesdits filets soient bien dorés.
Les frites
Je suis depuis longtemps fan des frites au four. Récemment, j’ai trouvé cette recette dans le New York Times. Elle est parfaite. On fait d’abord chauffer le four à 500F (260C) (oui oui) et on y met une plaque sur laquelle on aura placé un papier d’aluminium, surface brillante vers le haut. On nettoie et coupe 500g de pommes de terre en quartiers (ça se dit, des quartiers de patates ?) puis on les met dans un bol avec un peu de sel et d’huile. On sort la plaque du four, on y met les frites et remet ça au four à 450F (230C) pour 25 minutes. On décolle les pommes de terre, on remet environ cinq minutes et voilà.
Mayonnaise
La recette de « véganaise » parfaite qui se prépare en deux minutes…
Un paquet de tofu soyeux
Une gousse d’ail
1 c à tb de moutarde
Filet d’huile (au goût)
sel, poivre.
1 c à tb de relish (facultatif)
On met tout ça au robot et voilà.
Pour mettre un peu de couleur, j’ai également ajouté du Ketchup et quelques feuilles de bette à carde que j’avais fait revenir dans l’huile. Et pour faire joli, j’ai posé des pousses de daikon qui traînaient dans le frigo. Après ça, ça suffit, sans quoi ça n’aura plus l’air de bouffe de gars ! Ça commence quand les séries ?
Les règles nous disent comment nous comporter. Ce qui est permis, ce qui est interdit. Dès l’invention de l’imprimerie, on a commencé à publier des manuels de savoir-vivre. Dans ces manuels dictant les normes à suivre en société, les règles de bonne conduite à table occupaient une place prépondérante. Nombre de ces règles encadrent toujours nos repas, d’autres sont apparues au fil des siècles pour constituer ce qu’on appelle maintenant l’étiquette. D’où viennent-elles ? Pourquoi les avons-nous ? Comment se sont-elles imposées à nous ?
C’est en lichant ton couteau qu’tu t’es coupé la lèvre d’en haut
C’est en ramassant ta fourchette que t’as vomi dans ton assiette
C’est en passant la poivrière qu’t'as éternué dans face d’Albert
Pis c’est en parlant la bouche pleine que t’as craché dans l’plat d’la chienne.
La Bienséance du chansonnier québécois Plume Latraverse aurait presque pu être écrite au Moyen-Âge. Dans un poème qu’on date du 13e siècle, on peut notamment lire « Celui qui se penche sur la soupière et, malproprement y laisse couler sa bave comme un cochon, ferait mieux d’aller rejoindre les autres bestiaux » et « Deux hommes de noble extraction ne doivent se servir de la même cuiller; Quand des hommes courtois en sont réduits là, il leur arrive un désagrément. » D’autres textes de l’époque rappellent aussi que « Qui veut boire doit d’abord vider la bouche. » Au 17e siècle, certaines règles n’ont plus besoin d’être dites mais on rappellera que « Autrefois, on pouvait tirer de sa bouche ce qu’on ne pouvait pas manger et le jeter à terre (…) et maintenant, ce serait une grande saleté. » Puis, au 18e siecle, les règles deviennent plus sophistiquées et on constate que la maîtrise des bonnes manières est synonyme de société civilisée : « Ne tenez pas toujours votre couteau à la main comme font les gens de village; il suffit de le prendre lorsque vous voulez vous en servir. »
Ces extraits proviennent d’un délicieux essai du sociologue allemand Norbert Elias, La civilisation des moeurs. En parcourant les textes choisis par Elias, on constate en fait qu’au cours des siècles, le seuil de ce qui est considéré comme pénible et honteux s’est constamment déplacé pour aboutir à ce qu’on appelle aujourd’hui le raffinement et la civilisation. Un grand nombre d’activités susceptibles de provoquer le dégoût et allant contre les normes admises – par exemple, cracher – ont déjà été permises autrefois dans notre culture. Le sens du dégoût se serait renforcé au fur et à mesure du raffinement culturel des bonnes manières.
Une affaire de dégoût
La notion de dégoût est ici centrale. Avec la tristesse, la joie, la colère, la surprise et la peur, le dégoût fait partie de ce qu’on appelle les émotions de base. Les émotions de base se déclenchent automatiquement, se forment rapidement, surviennent involontairement et engendrent des réactions physiologiques spécifiques. Parallèlement, on sait que les émotions jouent un rôle central dans le processus de mémorisation. Comme le soutient le philosophe Shaun Nichols dans Un fragment de la généalogie des normes, « dans la mesure où les normes prohibent des actions déclenchant des émotions négatives, il y a de fortes raisons de penser que la survie (de ces normes) est influencée par les émotions auxquelles ces normes sont liées ». En d’autres mots, la survie de normes dépend des émotions qu’elles suscitent. Des normes liées à des émotions négatives comme le dégoût vont plus facilement se perpétuer que des normes qui ne suscitent pas d’émotion. Une norme telle que « ne crache pas dans ton assiette » a plus de chance de survie qu’une autre qui dit de mettre sa serviette sur l’épaule gauche (comme c’était le cas au Moyen-Âge). Les normes impliquant le dégoût sont d’ailleurs considérées comme plus sérieuses et absolues, moins dépendantes de l’autorité. Même si on dit à quelqu’un qu’il peut cracher, il ne le fera pas.
Les règles de bonnes manières qui se sont maintenues jusqu’à nous seraient donc celles pour lesquelles on éprouve une réaction de dégoût lorsqu’elles sont violées – en grande partie celles liées aux sécrétions corporelles.
Avoir de la classe
Si la transmission des règles de bienséance est liée aux émotions, leur évolution ne peut être dissociée de l’évolution du service du repas et des classes sociales. Au Moyen-Âge, les convives sont assis sur de grands bancs, d’un seul côté de la table. On s’essuie sur la nappe, on mange avec les doigts et on jette les restes aux chiens. Il faudra attendre la Renaissance pour qu’apparaissent les premières réelles bonnes manières à table. Érasme rédige alors le premier manuel des bonnes manières, la Civilité puérile. Fourchette et chaises font maintenant partie du quotidien, on ne met plus les coudes sur la table et le verre à boire se place à droite. Puis, jusqu’à la Révolution les repas de l’aristocratie se complexifient et avec eux les bonnes manières. À l’époque, beaucoup de coutumes, de comportements et de modes de la cour sont introduits dans les couches moyennes supérieures. Il s’ensuit donc pour les nobles la nécessité d’affiner et de développer leurs modes de comportements pour se distinguer. On ne coupe plus son pain, on le rompt et puisque l’usage de la fourchette est généralisé, on ajoute des ustensiles différenciés pour chaque met. À Versailles et bientôt partout à travers l’Europe, les repas festifs sont organisés autour de buffets fastueux et très structurés où chacun choisit les plats qu’il désire. C’est le service « à la française« .
La Révolution marque un tournant important dans la gastronomie française, car les grands cuisiniers qui étaient au service de l’aristocratie sont contraints de s’exiler ou d’ouvrir des restaurants. Ainsi, chacun peut maintenant accéder à la cuisine jusqu’alors réservée à la noblesse. Or, il est difficile de facturer des plats servis à la française. On sert alors « à la russe« , les plats les uns après les autres. Le menu s’organise dans l’ordre de service des mets. Des nouvelles normes s’imposent – et demeurent encore aujourd’hui. La sous-assiette, les mets servis à gauche et desservis à droite, le vin qui est servi à droite dans des verres différenciés.
La question du dégoût est liée de près à celle du choix de ne pas manger de viande. Plusieurs végétariens, de Jonathan Safran Foer à Georges Laraque, ont raconté avoir d’abord été dégoûtés par les conditions d’abattage des animaux. Bien vite, c’était toute la viande qui les dégoûtait et ils ne pouvaient simplement plus en manger. Si Shaun Nichols a raison, on peut espérer que ce dégoût se propage pour produire une nouvelle norme: ne pas manger d’animaux. Ainsi, les règles d’étiquette rejoindraient les règles d’éthique.
Des muffins aux bananes végétaliens qui prennent exactement cinq minutes à préparer
Un ami ne jure que par les muffins aux bananes et noix d’Olive et Gourmando proposés par Josée di Stasio. Crème sure qu’il faut laisser reposer, beurre qu’on doit battre. Ça prend une éternité et un malaxeur pour la réaliser. Nombreux sont ceux comme lui qui croient que pour bien réussir un gâteau, on a besoin de lait, d’œufs et de temps. Pour convaincre ses amis de laisser tomber les produits d’origine animale et de se mettre plus souvent à la cuisine, faut y aller avec des recettes simples, faciles et surtout, délicieuses. En voici une que j’ai développée ce week-end et qui devrait fermer la gueule aux plus sceptiques.
4 bananes bien mûres
1/2 tasse (125 ml) de sirop d’érable ou de nectar d’agave (de la cassonade ou sucre brun devrait faire l’affaire)
1/2 tasse (125 ml) d’huile végétale (j’aime beaucoup le tournesol, mais ça peut être de l’huile de coco ou de canola bio)
1 c à thé (5 ml) de cannelle
1 c à thé (5 ml) de cardamome
1 c à thé (5 ml) de muscade
1/2 c à thé (2 ml) de sel
1 tasse (125 g) de farine de blé entier (T110)
1 tasse 1/2 de (190 g) farine tout usage / farine blanche (T45)
1 c à thé (5 ml) de poudre à pâte (ou de levure)
1 c à thé (5 ml) de bicarbonate de sodium
Noix de grenoble (pour garnir)
Préchauffez le four à 350F (175C);
Huilez 12 moules à muffins;
Écrasez les bananes dans un bol;
Ajoutez l’huile, le sirop, le sel et les épices. Mélangez.
Ajoutez les farines, la poudre à pâte et le bicarbonate de sodium. Mélangez.
Répartissez dans les moules, garnissez de noix de grenoble.
Cuire de 20 à 25 minutes.
Un truc : cherchez les bananes bio bien noircies qui se vendent souvent 6 pour 0,99$ et congelez-les !
Note : J’ai maintenant une majorité de lecteurs belges et français. J’essaie donc de traduire mes recettes. Vous me dites si vous ne comprenez toujours pas hein ?
Est-ce que manger moins de viande signifie réellement plus de nourriture ?
L’utilisation du Powerpoint corrompt notre pensée. C’est ce que soutient Edward R. Tufte dans The Cognitive Style of Powerpoint. Powerpoint ne laisse pas de place à l’analyse poussée de lien de cause à effet. C’est le paradis du one liner. Comme militant, on a tendance à faire du Powerpoint à longueur de journée. On vulgarise, simplifie, jusqu’à ce que tous les arguments défendant une cause tiennent sur une slide ou dans une conversation d’ascenseur. Tout ça est facilement copié-collé, et on a bien vite l’impression de toujours entendre les mêmes idées. Tout le monde le dit, ça doit être la vérité.
Une de ces idées – que j’ai moi aussi souvent répétée, c’est qu’il faut manger moins de viande pour nourrir la planète. Un champ de céréales qui nourrit une personne lorsqu’il sert à produire de la viande pourrait en nourrir jusqu’à cinq si sa production était directement consommés par des humains (l’équation du premier degré!). Voilà qui fait du sens (et de belles slides). Or, cette idée toute simple en théorie se nuance lorsqu’on la met en pratique. Dans un article de l’influente revue Science publié la semaine dernière, on apprend que la complexité des marchés globaux et des traditions alimentaires pourraient produire des résultats contre-intuitifs et possiblement contre-productifs. Les conclusions de l’analyse de Mark Rosegrant, du International Food Policy Research Institute ont de quoi donner la chair de poule : si les habitants des pays industrialisés coupaient de moitié leur consommation de viande, plus d’enfants asiatiques pourraient souffrir de malnutrition.
Mark Rosegrant a travaillé sur des modélisations qui évaluent comment les décisions d’achat se répercutent sur l’industrie agro-alimentaire, sur la logistique d’approvisionnement et sur le prix des aliments. Si la demande pour la viande diminue, les prix chutent : la viande devient alors plus accessible. Selon son modèle, quand les pays industrialisés réduisent leur consommation de viande de 50% , elle augmente de 13% dans les pays pauvres, ce qui ne suffit évidemment pas pour enrayer la malnutrition. Et pendant ce temps, contrairement à ce qu’on pourrait croire, les plus pauvres n’obtiennent pratiquement pas davantage de grains (l’augmentation n’est que de 1,5%).
Pourquoi ? Parce que la diète des humains n’est pas la même que celle des animaux. Dans les pays riches, les fermiers nourrissent leur bétail avec du maïs et du soya. Quand la demande en viande diminue, la demande en soya et en maïs suit la même tendance et ces céréales deviennent plus accessibles. C’est là une bonne nouvelle pour les latino-américains ou certains africains pour qui le maïs est un produit de base. Mais en Asie, on mange surtout du riz et du blé. La baisse du prix du soya et du maïs ne pourra pas aider directement les laotiens ou les bangladais . On pourrait penser que si la demande pour certaines céréales s’effondre, les fermiers décideront de modifier leurs cultures. Or, un producteur de soya en Iowa ne peut pas produire de riz parce que ses terres n’ont pas l’irrigation nécessaire. Le climat, les sols et l’eau disponible limitent donc la possibilité de modifier facilement les cultures. De plus, si les consommateurs des pays riches remplacent la viande par des pâtes ou du pain, le prix du blé augmenteront. L’accès au blé deviendra encore plus difficile dans des pays comme l’Inde qui en sont des grands consommateurs, causant pénurie et famine.
Bref, pour Mark Rosegrant, quand on additionne les effets positifs et négatifs d’une diminution de la consommation de viande, on observe une légère amélioration de la sécurité alimentaire, mais on est loin du 5 pour 1 qui ne tient qu’en théorie. Pour nourrir la planète, il faut donc faire bien davantage que réduire sa consommation de viande. Il prône un investissement important en recherche sur l’agriculture pour en améliorer le rendement et des efforts de développement économique pour augmenter le revenu des nations les plus pauvres. En fait, soutient-il, il faut aller au-delà de nos gestes individuels et mettre en place des actions politiques concertées.
Coupe-faim
Au-delà de la sécurité alimentaire, les arguments soutenant une réduction de la consommation de viande restent nombreux. Santé humaine, respect de la vie animale, préservation de l’environnement et surtout, lutte contre le réchauffement climatique. Comment convaincre les riches de manger moins de viande ? Encore là, les experts cités par Science font appel à l’action politique. Il faut que les consommateurs paient le coût réel de ce qu’ils mangent. Pour Lester Brown, président du Earth Policy Institute, une taxe devrait être imposée sur la viande, liée à son empreinte écologique (le boeuf serait ainsi plus taxé que le poulet). Une proposition qui rappelle celle du philosophe Peter Singer dont nous avions déjà parlé. Avant même d’imposer une taxe, on pourrait également supprimer les subventions faites aux producteurs de viande, une bataille difficile mais fondamentale. Et bien entendu, poursuivre le travail d’éducation sur les conséquences de la consommation de viande. Je me permets d’ajouter qu’il faut aussi encourager la recherche fondamentale comme celle qui est faite par l’International Food Policy Reseach Institute. Pour persuader les gens de modifier leurs habitudes de consommation, pour convaincre les gouvernements d’adapter leurs politiques sur des questions aussi centrales et complexes que l’accès à la nourriture et le réchauffement climatique, il faut que nos intuitions puissent être vérifiées par des analyses solides et argumentées. Même si ça implique de devoir refaire ses slides.
Recettes végé de fromage à la crème et de saumon fumé
Un des plats les plus populaires du restaurant Aux Vivres est le végélox, une surprenante préparation au goût saumoné qui semble faire l’unanimité. On le sert en sandwich, avec un « fauxmage » à la crème. Un des ingrédients secrets de cette préparation est le liquid smoke, un assaisonnement qui donne instantanément un goût de fumée, dont j’ai beaucoup entendu parler et que je viens enfin de trouver au supermarché Quatre Frères sur St-Laurent. Le liquid smoke n’est peut-être pas l’ingrédient le plus santé de mon garde-manger, mais une goutte ici et là ne devraient pas trop réduire mon espérance de vie.
Pour mes amis Christian et Frédéric qui venaient souper hier soir, j’ai décidé de réinventer à ma façon le végélox en le servant sur une salade de lentilles, avec quelques cuillers de fauxmage à la crème et des pousses de daïkon pour donner un peu de relief à tout ça.
Végélox
1 tasse de carottes hachées finement dans le robot
1 c. à tb de jus de citron
1/4 tasse de persil haché
1/2 oignon rouge haché (on peut le mettre dans le robot avec les carottes)
2 c. à tb de flocons de Dulse. C’est une algue qu’on trouve dans les magasins d’aliments naturels. On fait chauffer au four quelques minutes pour en faire des flocons.
sel
un peu de liquid smoke
câpres
Mélangez tous les ingrédients, laisser refroidir (plus on attend, meilleur c’est).
Donne 6-8 portions
Fauxmage à la crème
Un paquet de tofu soyeux (le tofu soyeux se vend dans des boîtes de carton et n’est généralement pas au frais). J’achète celui-là.
1/4 tasse de cachous
1 ou 2 c. à tb de lait d’amande, de soya ou d’eau
sel
poivre
un peu de sirop d’érable ou de nectar d’agave.
Mettre le tofu dans un linge à vaisselle propre. Presser pour faire sortir l’eau. Mélanger avec les autres ingrédients au robot. Ajuster la quantité de liquide selon la texture désirée. Le résultat est franchement impressionnant et se conserve au frigo jusqu’à une semaine. N’oubliez pas de mettre le linge à vaisselle au lavage… [ajout 2010-02-16] Vous y auriez probablement pensé par vous-même, mais ne mettez ledit linge à vaisselle dans n’importe quelle brassée. Sinon, vous aurez comme moi à répondre à l’embarassante question « c’est quoi les trucs blancs sur mes t-shirts ? »… euh… Du tofu soyeux chéri.
Salade de lentilles
Il existe des centaines de recettes de salade de lentilles, pas besoin d’en ajouter une autre ici. Il s’agit simplement de faire cuire les lentilles et d’y ajouter des légumes qu’on aura fait revenir dans la poêle (carottes, oignons, céleri, etc) et de garnir ça d’une vinaigrette, genre huile, jus de citron, vinaigre balsamique, etc. C’est bon chaud ou froid. Hier, les lentilles étaient tièdes lorsque je les ai servies.
Assemblage et restes
J’ai utilisé un emporte-pièce pour faire le montage que vous voyez sur la photo. Servir en verrine à l’apéro aurait été pas mal aussi.
Et ce matin, j’ai mangé mes restes de végélox et de fromage à la crème sur des bagels chauds. Miam.
Paie-t-on le juste prix lorsqu’on achète des produits biologiques ?
En rentrant du resto hier soir, Martin me demandait si on n’avait pas payé un peu cher pour ce qu’on avait mangé. Or, toute la soirée, on s’était empiré de produits bios. Les aliments biologiques coûtent plus cher à produire que les aliments traditionnels parce que des pesticides et de l’engrais de synthèse ne sont pas utilisés, ce qui procure à court terme un rendement moindre que la culture traditionnelle. Mais combien plus cher ?
Un article du New York Times paru en 2008 montre aussi d’autres facteurs qui expliquent les difficultés à fournir du biologique à bon prix. La production de soja, de maïs et de blé biologiques est insuffisante pour répondre à la demande. Ces produits, lorsque cultivés traditionnellement, se vendent déjà à des prix records; les cultivateurs ne voient donc pas d’incitatif à transformer leurs cultures, une démarche lourde et onéreuse. Du coup, le prix des produits biologiques de base monte en graine.
Il semblerait aussi que les distributeurs profitent de la forte demande du bio pour accroître leurs profits. Le Monde publiait récemment des résultats d’enquête sur le sujet et on y apprend que la marge brute d’un kilo de pommes traditionnelles serait de 0,50 euros tandis qu’elle grimperait à 1,09 euros pour des pommes biologiques. Les grandes surfaces ont bien compris que le bio permettait d’augmenter la facture moyenne d’une clientèle riche qui ne regarde pas à la dépense. Toujours selon les enquêtes citées par Le Monde, un panier d’épicerie bio coûterait 70% plus cher qu’un panier traditionnel. On est cependant incapable de calculer quel devrait être le réel surcoût des produits biologiques. En France, les associations de consommateurs font pression pour plus de transparence. Espérons que ce mouvement se transporte chez nous.
En attendant, la meilleure solution pour bien manger sans engraisser les distributeurs reste sans doute de comparer les prix – qui varient grandement d’une épicerie à l’autre. Je ne le répèterai jamais assez: le carton de lait d’amandes, le sachet d’algues et la conserve de fèves rouges coûtent beaucoup moins cher chez Segal que chez Rachelle Béry (même en spécial). Et il ne faut pas hésiter à acheter directement du producteur quand c’est possible, notamment grâce aux paniers bios.
Pour que la soirée de la St-Valentin ne se termine pas en s’endormant devant le bulletin de 22h, vaut-il mieux tenter le repas vivant À la parisienne proposé par Crudessence (avec notamment un tartare de champignons à la crème de basilic et bavette d’aubergine) ou encore le médaillon de veau de lait, sauce gourmande au foie gras, risotto forestier de chez Justine ? On pourrait aussi y aller pour la totale au restaurant Dans la bouche et s’offrir la queue de homard des Caraïbes , filet mignon grillé, servi avec riz crémeux, légumes et sauce au porto (avec gâteau fromage Bailey’s pour dessert).
Les liens entre la nourriture, les odeurs et le plaisir sexuel nous ont depuis longtemps intéressés. Chez les Grecs et les Romains, le basilic, le romarin, le safran, le miel, les raisins et les noix de pin étaient convoités pour leurs pouvoirs aphrodisiaques. Les figues, les concombres et les asperges ont aussi été traditionnellement liés au sexe pour des raisons plus métaphoriques. De nos jours, le foie gras, le caviar, les truffes et le champagne sont généralement perçus comme des aliments romantiques, sans doute à cause de leur rareté et de leur luxe. Reste que le classique des classiques dans les aliments liés à l’amour et au plaisir, c’est encore le chocolat. Mais au-delà de son nom romantique, le Cherry Blossom est-il érotique ?
Être chocolat
D’abord, on sait que le sucre stimule les zones du cerveau associées à la récompense et au plaisir. Ça part bien. Ensuite, le chocolat contient de la caféine, un stimulant qui diminue la somnolence et augmente temporairement l’attention. Plusieurs études ont aussi démontré qu’il avait certains effets positifs sur la pression artérielle. Le chocolat contient de la flavonoïdes, une substance qui contribuerait à la production d’oxyde nitrique, un élément essentiel à la bonne circulation sanguine. On y trouve aussi de la tryptophane, un acide aminé qui, comme l’ecstasy, participe à la production de sérotonine (un neurotransmetteur impliqué dans la régulation de l’anxiété et la douleur). Que peut-on désirer de plus ? Justement, on voudrait qu’il y en ait un peu plus. Il y a environ 30 mg de caféine dans une barre de chocolat moyenne contre 100 à 150 mgs dans une tasse de café. Quant aux effets euphorisants, il faudrait qu’un adulte de 130 lbs consomme 25lbs de chocolat pour les ressentir. Pas trop souhaitable sur une première date. Bref, l’effet plaisant du chocolat vient surtout du glucose (le sucre), mais il s’agit là d’un effet bien temporaire qui est rapidement suivi par une baisse d’énergie. Oups. Et la cerise sur le Blossom, c’est que l’odeur de la cerise réduit l’excitation sexuelle chez la femme (en tout cas, diminue l’apport en sang au vagin). Bref, on l’aurait pas cru, mais dans 9 1/2 weeks, Kim Basinger nous mentait. Pas ce soir chéri, j’ai eu un Forêt Noire pour dessert.
À vue de nez
Mis à part les cerises, d’autres odeurs pourraient aussi réduire l’excitation sexuelle chez la femme selon la même étude. La réglisse serait à laisser au dépanneur (mais mélangée au gâteau aux bananes, elle augmenterait l’excitation de 30%), comme le Old Spice et l’odeur de barbecue. En revanche, un mélange de lavande et de tarte à la citrouille pourrait faire des miracles. Faut le savoir.
Pour la psychologue Rachel S. Herz, auteure de The Scent of Desire: Discovering Our Enigmatic Sense of Smell, il existe des liens étroits entre les odeurs, les émotions et l’attirance sexuelle. Les odeurs provoquent des émotions qui déclenchent des changements neurochimiques. L’odorat serait le seul sens à éviter les parties conscientes du cerveau pour aller directement au système limbique, la région associée à la motivation et aux émotions. Comme la madeleine de Proust, la tarte à la citrouille et le gâteau aux bananes pourraient inconsciemment rappeler des souvenirs heureux. En revanche, on n’a pas de mal à imaginer que le Old Spice ait l’effet contraire.
Lâchez la viande et devenez cochonne
Depuis quelques mois, les pubs sensuelles et censurées de PETA sont très populaires sur Youtube. On y voit de jolies mannequins se trémousser avec des légumes et la conclusion a de quoi séduire : Studies show vegetarian have better sex. C’est vrai ? J’aurais bien envie de vous dire oui. PETA, elle, soutient que la consommation de viande rend les gens «gras, malades et ennuyants au lit» alors que les végétariens sont «en général en meilleure forme et plus minces que les carnivores». La consommation de viande est également associée à l’impotence, aux maladies coronariennes et à l’obésité. Les maladies coronariennes sont liées aux dysfonctions sexuelles et l’obésité est associée à une baisse de libido. On peut penser que les études de PETA sont tirées par les cheveux (ce qui, dans le contexte, n’est pas complètement inintéressant), mais on s’entend pour dire qu’un régime équilibré est étroitement liée à une vie sexuelle épanouissante et on a du mal à imaginer qu’un gros steak saignant puisse donner envie d’aller manger le dessert au lit.
Parallèlement, PETA mène aussi une campagne « Vegans taste better » et personne ne semble encore s’être dévoué à valider cette affirmation. Si l’expérience vous tente, vous pouvez peut-être commencer par une visite sur vegporn, des « titillating tofu eaters ».
Gros bon sens
Pas la peine de vous précipiter pour acheter Fork me, Spoon Me, The Sensual Cookbook d’Amy Reiley. Une rapide visite sur son blog vous convaincra que vous avez déjà dans votre frigo tout ce qu’il vous faut pour veiller tard. Un repas aphrodisiaque excitera le palais et l’esprit par un assortiment de couleurs, de goûts, de textures et d’odeurs. Un baba ghanoush avec des pitas grillés, des dates, des fruits, des biscuits Lu, des amandes, une bouteille de scotch. Finalement, avec tout ça, pas besoin de partenaire et on peut même regarder le bulletin de 22h tranquille.
Le Long Jing Shi Feng, la vitalité retrouvée dans une tasse de thé.
Samedi, fin d’après-midi. J’ai rendez-vous au Camellia Sinensis avec Émilie. En fait, nous devions nous rencontrer pour un chai au Dervish Café (le meilleur en ville, dont la recette est offerte ici) mais mon café vegan préféré de la rue St-Denis était malheureusement encore fermé (est-il enfin ré-ouvert ?). Bref, nous voilà attablées sur Emery. On feuillète l’impressionnante liste de thés offerts, on ne sait trop quoi choisir. En fait, on constate qu’on se sent toutes les deux complètement épuisées. Paraîtrait que la fin janvier amène les jours les plus déprimants de l’année. Il fait moins vingt et nous sommes dans le vent.
On demande conseil à la serveuse… « Vous auriez pas un thé qui donne de l’énergie ? » Elle nous conseille sans hésiter le Long Jing Shi Feng, un thé vert chinois. « Lorsque je veux lire toute la nuit, c’est ce que je prends. »
Je ne connais pas grand chose en thé mais force est de constater que celui-ci a un effet magique en plus d’être délicieux (c’est quand même important!). L’effet est bien différent de celui du café, qui ouvre les yeux sans plus. Le Long Jing réchauffe l’intérieur et on sent rapidement l’esprit s’aviver. Vraiment, le thé parfait. Toutes les deux, nous avons retrouvé vitalité dans notre tasse de thé. Je suis retournée au Camellia en acheter. Le Long Jing accompagne maintenant mes après-midis au bureau.
(Petit truc pour profiter du Long Jing sans traîner sa théière dans sa sacoche: j’ai découvert au Japon des sachets de thé à remplir soi-même. Ici, j’en ai trouvés chez Eden, aux Galeries du Parc.)
Je n’ai pas trouvé d’explication claire sur l’efficacité énergétique du Long Jing mais reste que ce serait le thé le plus prestigieux de Chine et qu’il serait énormément copié. Celui que nous a proposé la dame du Camellia Sinensis est l’original, produit à la main en petite quantité, qu’on importe directement. On peut l’acheter ici.