CRITIQUE : Courez mieux courez végé, de Matt Frazier

par Isabelle Gélinas

Dès que j’ai aperçu le livre Courez mieux courez végé, j’ai voulu me le procurer. Adepte de la course à pied, je courais encore l’an dernier, mais une vilaine blessure m’a clouée au plancher pendant plus de six mois, et j’ai de la difficulté à m’y remettre sérieusement. Coïncidence, je suis devenue végétalienne quelques mois après ma blessure. Allier course et végétalisme dans un seul ouvrage m’est immédiatement apparu comme une bonne idée.

Malheureusement, toutes les bonnes idées ne donnent pas de bons résultats. On a beau partir avec les meilleures intentions, cela ne signifie pas qu’on arrivera au fil d’arrivée. Ce fut aussi mon cas : je voulais tellement aimer ce livre! Cependant, malgré tous mes efforts, mon intérêt (et mon attention) envers Courez mieux courez végé a diminué au fil des pages, et c’est avec difficulté que je me suis rendue à la dernière. Je m’explique.
Dès le départ, Matt Frazier, ultramarathonien végétalien, nous accroche avec l’épopée qui l’a mené au très prisé marathon de Boston, dont le règlement de participation exige une préqualification. Ne va pas à Boston qui veut, et Frazier raconte avec un bel humour et une belle plume les échecs qui lui ont permis de se dépasser et d’y arriver. Si tout le livre s’était poursuivi sur ce ton, je l’aurais lu en un seul trait. Mais ce fut loin d’être le cas. Heureusement, les encadrés rédigés par des athlètes végétaliens m’ont permis de me reposer du corps de l’ouvrage!

Courez mieux, courez végé : le programme pour acquérir force, vitesse et endurance, Matt Frazier, Edito, 27,95 $
Courez mieux, courez végé : le programme pour acquérir force, vitesse et endurance, Matt Frazier, Edito, 27,95 $

Passée son introduction, Frazier présente le régime végétalien, ou « régime végé », comme étant le meilleur (mais pas nécessairement) pour les athlètes. Pas nécessairement, parce qu’il nous avoue candidement que seule son expérience personnelle lui permet d’affirmer que le régime végétalien fait de meilleurs coureurs. Outre les explications de ce que constitue un régime végétalien, les aliments à privilégier pour les athlètes et les écueils à éviter, on aurait aimé des références un peu plus étoffées en matière de santé et de bienfaits, qui dépassent un peu le sempiternel « diminuer votre consommation de viande est bon pour votre santé ».
Bémol positif, la section sur les nutriments est bien fouillée, bien recherchée, sans doute grâce à la collaboration de Mattew Ruscigno, diplômé en Nutrition et en santé publique aux États-Unis.

Pour nous prouver qu’il est tout à fait possible de « manger végé », pour reprendre son expression, tout en se délectant de bons plats, l’auteur nous offre près d’une soixantaine de recettes entièrement végétaliennes. Si les intentions étaient de convaincre les lecteurs d’adhérer à ce régime, c’est raté. Si quelques recettes sont attirantes, comme les barres nutritives et quelques boissons, le reste correspond au stéréotype que les non-végés se font de la cuisine sans viande, sans œufs et sans produits laitiers : des salades, des riz, des chilis, des currys… Du manger mou, comme on dit chez nous. Et s’il avait l’intention d’offrir du nouveau à ceux qui sont déjà végétaliens, c’est raté aussi : les recettes qu’on nous présente n’innovent en rien, et tout bon végétalien qui se respecte les connait déjà en grande partie. Dans les deux cas, il existe de nombreux livres beaucoup plus intéressants et mieux réussis que Courir mieux courir végé pour trouver des inspirations culinaires.

Par contre, ce livre ne se veut pas vraiment un livre de recettes, mais un livre sur le « régime végé » et la course. Qu’en est-il, alors?

En cette matière aussi, déception. Les conseils de Frazier ne tiennent pas toujours compte de la diversité de ses lecteurs. Par exemple, se fixer un objectif qui fait peur n’est pas une bonne motivation pour tous. Également, s’il semble vrai que courir pieds nus présente des avantages, encore faudrait-il en parler. L’auteur donne ici sa théorie, mais sans la développer suffisamment. Il en va de même pour les conseils sur la posture, la foulée et les exercices, qu’on aurait aimés accompagnés de dessins ou de photographies. Enfin, les programmes d’entrainement en fin de volume se retrouvent, à quelques variantes près, dans la plupart des sites Internet, blogues, magazines et livres sur la course. C’est normal, il n’y avait pas à réinventer la roue, mais là encore, on aurait pu expliciter davantage en quoi ces programmes sont efficaces.

L’auteur avoue lui-même que courir n’est pas si facile qu’il n’y parait, mais il passe beaucoup trop rapidement sur des éléments qui semblent essentiels à qui souhaite s’adonner à la course. Ce n’est pas en coupant court aux explications qu’il incitera ses lecteurs désireux de s’y mettre. Pour qu’il soit utile, il aurait sans doute fallu une bonne centaine de pages de plus à ce livre.

Ça me fait mal d’écrire cette critique. Comme je l’ai mentionné, je voulais vraiment aimer ce livre. Une belle jaquette en français, un titre accrocheur… Je suis convaincue que Matt Frazier a mis énormément d’énergie dans ce livre. Mais peut-être le projet était-il trop ambitieux pour lui?

Cela dit, si vous cherchez à découvrir le régime végétalien et la course, vous serez mieux servi en vous procurant un des nombreux livres sur le végétalisme ET un des nombreux livres sur la course. Vous y gagnerez en information et en inspiration.

Notes sur la traduction : l’équipe de traduction semble être allée vite, trop vite. Si on peut attribuer les coquilles à l’éditique, on ne peut par contre pardonner les fautes de grammaire et la traduction de liens Internet qui n’ont pas de pendant français.

 

 

Cet article a été rédigé selon les nouvelles règles de l’orthographe.

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