Portrait d’une vegan-geekette

Ça fait trois ans que je me dis que ce serait bien que je parle un peu de moi ici, qu’on me dit qu’à ce blog, il lui manque un À propos. Je me suis rendue à l’évidence : j’en suis incapable. Pour les trois ans de Penser avant d’ouvrir la bouche, je me suis fait un cadeau. J’ai demandé à une vraie journaliste, mon amie Isabelle Marjorie Tremblay d’écrire mon portrait. Carte blanche, pas le droit d’éditer. Voilà. ÉD.

 
 

Par Isabelle Marjorie Tremblay
Depuis 3 ans, Élise Desaulniers est la référence en matière de véganisme au Québec. Invitée aujourd’hui sur plusieurs tribunes pour parler entre autres sujets, d’éthique animale et des conséquences de nos choix alimentaires, c’est pourtant en pub chez Diesel et en marketing chez Air France qu’elle a d’abord travaillé pendant… près de 10 ans.

Fille santé, végétarienne, végan depuis toujours? Pas du tout.

« Cela fait 4 ans que je suis végan. Avant, j’étais une fidèle omnivore. Je mangeais de la viande 2 fois par jour. J’avais même un penchant pour les assiettes françaises: foie gras, tartare, rognon, fromages. Je travaillais fort. Je mangeais de tout. Je voyageais beaucoup. Puis, après 7 ans à œuvrer comme “pricer” pour Air France, je commençais à m’ennuyer et à me poser un paquet de questions sur ma vie. J’ai mis la main par hasard sur le livre L’éthique animale de Jean-Baptiste Jeangènre Vilmer, et c’est là que le déclic s’est fait. Et je n’ai pas eu besoin de lire le livre dans sa totalité. Quelques pages sur l’élevage industriel ont été suffisantes pour que je réalise à quel point l’exploitation animale, c’est tout simplement dégoutant. »
Le regard espiègle dissimulé sous sa frange, Élise a la force du taureau. Toujours souriante, son regard s’intensifie quand on lui pose les questions fondamentales de l’éthique animale et du véganisme. C’est ce qui la rend si captivante. Rien de mieux que quelques éclats de rire qui allègent une discussion avec toile de fond les enjeux les plus sérieux du monde. Crise alimentaire, santé publique, famine, déforestation, cruauté animale et j’en passe. Mais peut-on en parler sans pleurer? Oui. Car les solutions sont pratiques, rationnelles, scientifiques et facilement réalisables.
Fille unique d’un policier de Rawdon et d’une mère à la maison, il eut fallu peu de temps pour qu’elle devienne une ressource clé en matière de véganisme au Québec. Mais enfant, était-elle dans la marge?
« Pas marginale, mais militante. Conseil étudiant, journal étudiant, Amnistie internationale au cégep, mais également… à mon école primaire, à St-Jacques-de-Montcalm ! Toute petite, j’ai créé de ma propre initiative un groupe d’observation des oiseaux. Puis en 4e année, je dirigeais un groupe de naturalistes ». Naturalistes? Quelques clics sur Google me permettent de comprendre : « Le naturalisme donne une valeur morale à ce qui est désigné comme “naturel”. D’accord. Élise aujourd’hui et Élise en 4e année, c’est pareil finalement.

Réapprendre à manger comme apprendre une nouvelle langue

S’il y eu fallu que quelques jours pour passer au végétarisme, la transition vers le veganisme s’est étirée sur 3 mois. Quand elle a d’abord pris conscience qu’être végan, c’est dire “non” à tout ce qui provient des animaux – fromages, yogourts, oeufs compris —, elle ne s’y croit pas capable.
« Tout est dans la façon de voir les choses. Une amie, fidèle végan, m’a fait découvrir une multitude d’aliments savoureux que je ne connaissais pas. Si on commence à nommer ce dont on doit se priver, cela peut être décourageant. À l’inverse, parler de nos découvertes et voir cela comme une belle aventure apporte beaucoup de plaisir à cette transition. C’est comme apprendre une nouvelle langue. » Les raisons morales derrière ce choix ont par ailleurs beaucoup pesé dans la balance.
« C’est une question de cohérence. » Ajoute-t-elle. « Si je suis contre l’exploitation animale, je ne peux pas boire du lait et des oeufs. On exploite aussi en stimulant démesurément la production des vaches laitières, destinées de toute façon à l’abattoir pour du steak haché, 4 ans plus tard. Et après 3 mois de véganisme à temps partiel, j’ai carrément perdu le goût de manger des produits animaux. Comme un fumeur qui arrête de fumer. »

Le besoin de partager

Lire. Lire. Lire. À partir du moment où Élise prend le virage végan en 2008, elle se met à dévorer la littérature sur le sujet. Puis, elle sent rapidement le besoin de partager ses lectures, en les résumant et en les traduisant surtout! Face à l’absence de livres sur le sujet en français, elle met en ligne son blogue, penseravantdouvrirlabouche en novembre 2009 pour partager ses lectures, et ce, entre deux séances de négociations chez Air France! Rapidement, son site est très consulté et l’intérêt, bien concret. Dans un élan de spontanéité: elle propose un livre à des éditeurs, histoire de rassembler des textes de son blog en un livre… Les réponses sont immédiates. Bonheur! Mais angoisse. « J’ai eu cette bonne idée. Maintenant, il faut l’écrire ce livre! Et disons que 260 pages, intéressantes et documentées, c’est autre chose qu’écrire un billet de blogue… » C’est ainsi que son premier livre Je mange avec ma tête. Les conséquences de nos choix alimentaires est publié en 2011 aux Éditions Stanké et est accueilli avec beaucoup d’intérêt et d’ouverture au Québec.

Mes idées sur la place publique? Oui. Mais pas moi!

« Quand je vais sur Google image et que je vois ma photo partout, ou que je visionne mon entrevue à l’émission Denis Lévesque, je n’aime pas ça! Je n’ai jamais voulu être populaire. J’aime échanger, j’aime partager des idées qui sont fortes et participer à des débats » lance celle qui détient un baccalauréat en sciences politiques. « Mais être devant la caméra et sous les projecteurs à ce point me gêne. Par contre, offrir des conférences est un réel bonheur. Contrairement à l’impact des livres et des entrevues dans les médias, le contact avec les gens est immédiat et franc. La rencontre des opinions contraires fait évoluer la pensée et c’est essentiel dans tous les domaines. »

Une végan geekette

Verte jusqu’au bout des doigts, c’est sur son clavier qu’elle développe une seconde expertise : la création de sites WordPress. Conseillère à ses heures, elle offre de la formation à tous ceux qui veulent prendre leur place sur le web. « Élise, est-ce que tu aiderais quelqu’un à faire un blogue sur la viande? » La question la fait rire. « Pourquoi pas? Je pense que cela m’amuserait. Je suis abonnée à des revues d’éleveurs de poulet et j’aime les lire. Je n’ai jamais pensé que ces gens-là sont fous ou cons, au contraire. J’aime comprendre comment les autres réfléchissent. Ce sont des gens qui son cohérents dans ce qu’ils font. Ce ne sont pas des gens méchants. Ceci dit, cela m’étonnerait qu’un éleveur de viande vienne me voir pour un blogue!» (rires)
Face au succès de son premier livre, les Éditions Stanké lui demandent un second ouvrage qui paraîtra au printemps prochain. Nul doute que notre Mademoiselle Vegan du Québec se retrouvera, une fois de plus, contre son gré sur toutes les tribunes en 2013. C’est à suivre…

En bref

Tes péchés mignons :  le café et le vin (surtout quand j’écris).
Un conseil à ceux qui veulent s’y mettre : se donner droit de tricher
Où fais-tu ton marché : épicerie portugaise Ségal, boul. Saint-Laurent, à Montréal. Les meilleurs prix pour le bio et le végan.
Ta meilleure recette : les brownies crus (cuisinés avec des dattes et du cacao. Bon comme cela, c’est presque péché!
Ton traiteur préféré: L’entreprise: brutalimentation, MariEve Savaria prépare de savoureux plats vegans à prix exceptionnels.
As-tu des animaux? Oui, j’ai 3 chats.
Un restaurant vegan coup de coeur : Zen Kitchen, à Ottawa. De la haute gastronomie végan.
Une ville vegan coup de coeur : Portland et… New-York!
Une citation qui t’inspire : “La différence entre l’homme et l’animal est non de nature mais de degré.” De Charles Darwin
Tes autres intérêts : la danse contemporaine et le théâtre.
Qu’est ce qu’on fait si on veut t’inviter à manger? Demandez-moi des recettes et on cuisine ensemble!
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