Nous sommes véganes

Plaidoyer pour la graphie épicène avec un « e »

Rédigé par un collectif de militantes et de militants véganes.

Le véganisme est de plus en plus populaire, mais la langue française tarde à adopter une graphie uniformisée pour référer à ceux et celles qui pratiquent ce mode de vie. Vegan? Végan? Végintégriste? Plusieurs refusent d’utiliser le terme végétalien, mot qui s’applique avant tout à la pratique alimentaire, alors que le véganisme est conçu comme le refus global de toute exploitation animale, que ce soit pour l’alimentation, le divertissement, l’habillement ou les tests de laboratoire. Il s’agit d’ailleurs du sens donné au mot anglais dès 1951 par The Vegan Society qui avaient eux-mêmes créé ce terme. Quel mot devrait-on utiliser en français?

Lors de sa fondation en 2010, la Société végane de France a proposé la graphie épicène végane et celle-ci se répand progressivement dans la francophonie. En tant que nom et adjectif épicènes, végane s’écrirait alors de manière identique au masculin et au féminin. Nous désirons appuyer l’initiative de la SVF et encourager la communauté végane à employer cette graphie.

Pourquoi franciser le mot?

On rencontre couramment, dans les textes en français, l’emprunt direct du mot anglais vegan. Cependant, employer un mot en anglais comporte le désavantage de ne pas s’accorder. Par exemple, on peut voir une boutique vegan ou des achats vegan, ce qui donne aussi l’impression d’une faute d’accord. Par ailleurs, l’emprunt d’une autre langue doit généralement s’écrire en italique, ce qui n’est pas toujours possible en ligne ni dans un logo où le style typographique doit répondre à des considérations graphiques esthétiques.

Loin d’être unique à la langue française, ce débat identitaire du mouvement végane s’inscrit dans une progression naturelle dans maintes langues dans le monde. En effet, l’allemand (les noms Veganer/Veganerin et l’adjectif veganisch), le portuguais (vegano/vegana), l’espagnol (vegano/vegana) et l’italien (vegano/vegana), entre autres, ont déjà adapté le terme original dans leur vocabulaire, en vertu de leur règles linguistiques respectives. Pourquoi ne pas s’approprier le mot à notre tour? Puisque nous employons ce mot aussi fréquemment, ne devrait-on pas l’inclure à part entière dans notre langue et ainsi le rendre encore plus accessible? Franciser le terme vegan permet aussi d’éviter toute confusion et ambiguïté quant à la définition et l’identité du mouvement. Après tout, le véganisme n’est pas un concept anglophone, mais bien un concept universel : c’est une philosophie de vie et un projet de société qui ne devrait pas être freiné par des barrières linguistiques.

Deux raisons pour préférer végane à végan

À ce jour, la traduction française de vegan est aussi confuse que diverse. L’Office québécois de la langue française propose de parler de végétalien-ne intégral-e, d’hypervégétalien-ne ou de végintégriste. Ces suggestions sont regrettables, car elles ne sont pas employées dans la communauté, en plus d’être perçues de manière plutôt péjorative. D’autres le francisent en l’écrivant végan. Pour sa part, le terme végane est déjà très courant en français et nous estimons que, pour des raisons de prononciation et de non-discrimination, il est préférable d’opter pour cette graphie.

D’abord, contrairement à végan, la graphie végane a le mérite de mieux refléter la prononciation en usage. En effet, la majorité des personnes véganes prononcent le mot de manière à ce qu’il rime avec mélomane, alors que la graphie végan devrait, selon les règles phonétiques françaises usuelles, se prononcer à la manière du mot gant. Loin d’être exceptionnelle dans la langue française, cette graphie finale existe déjà, notamment dans les mots profane et tsigane (eux aussi épicènes). De plus, il existe une série de mots épicènes se terminant en –mane en français (par exemple, le mot mélomane précédemment cité). L’on peut donc dire un mélomane ou un chant tsigane sans que qu’il n’y ait d’erreur d’accords. Il devrait en être de même pour végane, qui constituerait un emprunt qui s’inscrit logiquement dans le système linguistique français.

Ensuite, la graphie végane a également l’avantage d’être épicène, c’est-à-dire qui conserve la même forme au masculin et au féminin (par exemple, les mots juge ou ministre sont épicènes). Comme le véganisme s’oppose à toutes les formes d’oppression et que les véganes sont généralement féministes ou à tout le moins en accord avec le principe selon lequel les hommes et les femmes sont égaux, nous croyons que d’utiliser un terme épicène s’impose. Cela permet d’alléger les textes lors de la rédaction et permet de facilement inclure toutes les personnes en utilisant un seul terme rassembleur (plutôt que de dire, par exemple, les Québécois et les Québécoises).

Pour certains, le désavantage principal de végane est de ne pas être esthétique. Comme dans tout néologisme, il y a tout simplement une période d’adaptation : cette impression est susceptible de changer au fur et à mesure que l’utilisation de végane sera plus fréquente. Nous pouvons voir qu’en général, les emprunts qui reflètent la prononciation ont tendance à s’implanter, surtout s’ils sont utilisés par la communauté qui utilise le plus le mot. Ainsi, plus nous serons nombreux à l’utiliser à l’écrit, moins il y aura d’ambiguïté sur la graphie correcte.

Un terme de plus en plus utilisé

La graphie végane est déjà employée sur les pages suivantes :

(Si vous avez une entreprise ou si vous êtes blogueur ou blogueuse, merci de nous contacter pour que nous puissions ajouter votre référence à notre liste! Et ne craignez pas les moteurs de recherche, car ils font peu de différence entre végane, végan et vegan.)

Plus nous serons nombreux à adopter cette graphie, plus il sera facile de convaincre d’autres dictionnaires d’intégrer ce terme. Par la suite, les institutions et les commerces seront beaucoup plus ouverts à utiliser ce mot à leur tour. Il s’agit d’une véritable occasion de clarifier les choses quant à un terme dont l’utilisation, toutes graphies confondues, est grandissante.

Nous vous invitons donc à suivre ce mouvement afin de faciliter l’adoption d’une graphie unifiée !


Ajout, 21 septembre 2014
Dans le Châtelaine, septembre 2014
vegane

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