Les mollusques sortent de leur coquille

Est-il éthiquement acceptable de manger certains animaux marins ?

Hier soir, j’étais invitée  dans un restaurant portugais pour l’anniversaire d’une amie. Spécialités : grillades et fruits de mer. On est loin du paradis du végétarien. C’est alors que je me suis rappelé un article paru dans Slate en avril dernier qui allait  peut-être sauver mon souper et ma moralité : "Manger des huitres ne fait pas de mal (même aux huitres)". Au même moment, je me suis souvenu d’un autre article, celui-là sur les moules, qui les présentait comme l’aliment de demain, parce que nourrissant, peu polluant, facile à cultiver et résistant aux maladies. Existerait-il des animaux marins dont la pêche n’a pas d’impact écologique, qui ne souffrent pas et qui seraient bons pour la santé ? Bref, pouvais-je consommer sans remords autre chose que du pain imbibé d’huile portugaise ?

D’abord, la liste verte

Un des premiers critères à prendre en compte est l’impact écologique de nos choix alimentaires. Dans le cas des poissons et des fruits de mer, on peut se référer à la liste verte de SeaChoice. SeaChoice détermine qu’une pêche est durable lorsque les poissons et les fruits de mer sont attrapés ou cultivés en utilisant des moyens qui préservent la viabilité à long terme de l’environnement, des océans et des animaux marins. La liste verte de SeaChoice est assez longue et va des truites aux saumons en passant par les homards et les moules.

La question de la souffrance

On peut ensuite se poser des questions sur l’impact de nos choix alimentaires sur les animaux marins eux-mêmes. Comme l’explique (très bien!) Martin dans son billet sur le conséquentialisme, on doit chercher à maximiser le plaisir en minimisant la souffrance inutile. En donnant l’exemple du hamburger, il écrivait qu’il faut comparer, « d’un côté, le plaisir gustatif à manger un burger moins celui à manger un végéburger  et, d’un autre côté, la souffrance de l’animal qui a produit la viande (divisée par le nombre de burgers) » et il concluait que le plaisir du burger ne compense pas pour la souffrance de l’animal (et c’était avant de goûter à mon burger de portobello!).

Le problème est donc de savoir si les poissons et les autres fruits de mer ressentent la douleur. Il n’y a d’études sérieuses sur le bien-être animal que depuis une trentaine d’années et celles sur la souffrance chez les poissons sont encore plus récentes. Le premier ouvrage sur la question, Do Fish Feel Pain, écrit par la biologiste Victoria Braithwaite, vient tout juste d’être publié. Ce petit livre très agréable à lire donne un aperçu des plus récentes découvertes. Une des expériences les plus célèbres, réalisée en 2003, consistait à injecter du venin d’abeille dans les lèvres de certaines truites et une solution d’eau salée chez d’autres. Les truites qui ont reçu du venin sont allées frotter leurs lèvres dans le fond de l’aquarium, alors que les autres ont continué leur vie de truite normalement. On a donc de bonnes raisons de penser, soutient en définitive Braithwaite, que les poissons ressentent la douleur.

Va donc pour les poissons (je n’avais de toutes façons même pas songé à opter pour la morue braisée), mais qu’en est-il des crustacés ? Pour en avoir le cœur net, une équipe de chercheurs irlandais a mis du vinaigre sur les antennes de crevettes. Les crevettes ont eu une réaction similaire aux mammifères dans des conditions semblables : elles ont frotté les parties touchées pendant cinq bonnes minutes. Cette étude de 2007 n’a toutefois pas convaincu tous les biologistes qui y voyaient un simple réflexe de nettoyage de la part des crevettes. Nombreux sont ceux qui croient toujours que les invertébrés ne peuvent pas ressentir la douleur. Pouvais-je choisir des crevettes à l’ail? Dans The Ethics of What We Eat, Peter Singer explique que si nous avons des doutes sur la capacité des homards, crabes et crevettes à ressentir de la douleur, nous devrions les traiter comme s’ils pouvaient souffrir tant que cela ne nous coûte pas trop.

On a donc éliminé de la liste de SeaChoice les poissons parce qu’ils ressentent la douleur et, dans le doute, les crustacés pour la même raison. Que reste-t-il? Les animaux de la grande famille des mollusques : pieuvres, oursins et coquillages comme les haliotis, les palourdes, les pétoncles, les moules, les coquilles St-Jacques et les huitres d’élevage.

Ce qui ne souffre pas ne fait pas de mal

À l’instar des crustacés, certains mollusques ont déjà le « bénéfice du doute ». Le Conseil canadien de protection des animaux qui élabore et met en œuvre les normes relatives au soin et à l’utilisation des animaux en science au Canada protège les céphalopodes (pieuvres et calmars) de l’expérimentation abusive au même titre que les vertébrés. Les pieuvres ont en effet un cerveau et un système nerveux extrêmement développés et sont parmi les invertébrés les plus intelligents. Elles peuvent par exemple apprendre en moins d’une heure à ouvrir une bouteille de médicaments à l’épreuve des enfants (celle-là même qu’on a du mal à ouvrir lorsqu’on veut prendre un cachet après une bonne cuite). Les capacités cognitives des pieuvres ne signifient pas qu’elles peuvent ressentir la douleur mais suffisent pour qu’on les ajoute aux crustacés dans ces animaux qui « pourraient » souffrir et  qu’on s’abstienne de les manger.

Quant aux coquillages et aux oursins, ils appartiennent au règne animal mais ils ont quand même un peu l’air de « végéter »… En fait, ce qui leur « manque » pour être des plantes, c’est la capacité à la photosynthèse et une paroi faite de cellulose. Ils seraient alors assez près des algues. Et ça, c’est Wikipedia qui le dit! Dans le même esprit, les formes de vie très primitives que sont les éponges de mer ou les coraux sont aussi considérés comme des animaux. Mais bon, j’ai appris à ne pas me fier aux apparences et si je ne mange pas d’animaux, ce n’est pas parce qu’ils sont mignons ou qu’ils ont l’air d’être des animaux. Mon problème restait inchangé: souffrent-ils?

Non. Les coquillages n’ont pas de système nerveux central et ne peuvent donc pas ressentir de la douleur. Quand Christopher Cox, l’auteur de l’article de Slate a demandé par courriel à Peter Singer si un végétalien pouvait manger des huitres, celui-ci a fait preuve d’ouverture : «Ce sujet m’a encore et toujours taraudé ces dernières années. Il y a peut-être un tout petit peu plus de doute sur la manière dont les huîtres pourraient ressentir de la douleur qu’il n’y en a pour les plantes, mais c’est pour moi hautement improbable. Et même si vous pouvez leur accorder le bénéfice du doute, vous pouvez aussi dire que tant qu’on n’aura pas plus de preuve sur cette capacité sensible, le doute est si infime qu’il n’y a aucune raison de ne pas manger d’huîtres élevées dans des parcs durables. »

Cultivé et bien élevé.

La question des conditions de pêche ou d’élevage reste centrale pour qu’il soit éthiquement acceptable de manger des coquillages. Règle générale, il faut privilégier les coquillages d’élevage aux coquillages sauvages parce que les méthodes de récolte comme le dragage peuvent avoir des effets négatifs sur l’écosystème. Dans le cas des huîtres, elles proviennent majoritairement de fermes ostréicoles et se nourrissent de plancton, qui est le bout du bout de la chaîne alimentaire. Cela contribueraient même à améliorer la qualité de l’eau. Scénario similaire pour les moules d’élevage qui seraient encore plus facile à cultiver que les huitres. Les palourdes d’élevage n’auraient aucun impact écologique et même la palourde royale peut être consommée à l’occasion ! Même chose pour les pétoncles mais encore là, il faut absolument éviter les espèces sauvages canadiennes qui sont sur la liste rouge de SeaChoice. Il faut aussi être prudent avec la coquille St-Jacques, qui provient plus rarement de l’élevage mais il n’y a aucun problème avec les espèces cueillies à la main. Même chose pour les délicieux oursins cueillis à la main dans le Bas-du-Fleuve.

En santé ?

La dernière question qu’on devrait se poser avant de commander une assiette de moules-frites ou d’assister à un party d’huitres est l’effet de la consommation de ses animaux sur notre santé.

Les coquillages constituent une excellente source d’omega 3 (des acides gras qui contribuent à prévenir les maladies cardiovasculaires) et surtout, d’excellentes sources de nutriments souvent difficiles à trouver pour des végans, comme le fer, le zinc et même la vitamine B12. Par exemple, 8 huitres vont fournir à une femme tous ses besoins quotidiens en fer et 40 fois ses besoins en B12. Ils constituent donc, de ce point de vue, le complément parfait à une diète végan. Les coquillages sont aussi de très bonnes sources de la plupart des minéraux essentiels et sont faibles en gras.

Les bivalves que sont les palourdes, les huîtres, les pétoncles et les moules filtrent l’eau pour se nourrir. La qualité des mollusques dépend donc de la qualité de l’eau. Si  l’eau dans laquelle ils vivent est contaminée par des bactéries, des algues toxiques ou des polluants chimiques (mercure et BPC), ils accumulent ces substances dans leur chair et deviennent par conséquent dangereux pour la santé humaine. Les cas d’intoxication graves ont surtout été trouvés chez des gens qui avaient cueilli eux-mêmes leurs mollusques. Plusieurs auteurs recommandent malgré tout de limiter notre consommation de coquillages afin d’éviter d’être trop exposés.

* * *

Dans mon resto portugais, je n’ai donc pas hésité à commander d’excellentes  palourdes à l’ail et des moules sauce tomate qui faisaient l’envie de mes voisins assis devant une pieuvre ou une morue salée. Ceci dit, je conçois tout à fait que certains végans puissent refuser d’ajouter ces mollusques à leur diète : après tout, si on est déontologue et contre l’exploitation animale ou la violence, on peut vouloir s’en tenir strictement aux végétaux (l’article  de Cox a d’ailleurs reçu un accueil assez tiède de la part de nombreux lecteurs végétaliens). Mais comme je suis une diète végétalienne pour des raisons de souffrance animale, j’ai décidé de consommer des mollusques à l’occasion. Parce que c’est bon au goût, pour la santé et que c’est une culture qui me semble peu dommageable pour l’environnement. En plus, les mollusques ne produisent pratiquement pas de déchets et mon composteur adore leurs coquilles.

Évidemment, je vais essayer de rester attentive aux découvertes scientifiques sur ces questions. Et si un doute raisonnable devait apparaître, je m’abstiendrai – et, bien sûr, je vous tiendrai au courant !

[Ajout, 29 juin 2010] : ce matin, j’ai reçu un courriel de Victoria Braithwaite, auteur de Do Fish Feel Pain dont je parle plus haut et surtout directrice adjointe de l’Institut des neurosciences de Penn State et spécialiste de la perception de la douleur et du comportement des animaux. Je lui ai demandé ce qu’elle pensait de mes conclusions, à savoir que les coquillages ne devaient pas ressentir de douleur. Voici sa réponse : "think that at the moment we do not have sufficient evidence to conclude any invertebrate suffers from pain. I think we may want to err on the side of caution for squid and octopus (and perhaps crabs and lobsters) until we have done some definitive experiments that explicitly address the capacity for sentience in these creatures. But other than these species, I think we can safely conclude animals such as shellfish will not feel pain."

20 Comments

  1. Frédéric Côté-Boudreau

    Merci Élise, j’attendais justement cet article! Il fait bien le tour de la question en ce qui concerne les fruits de mer, et ça me convainc bien.

    Reste à savoir pour les insectes; les sauterelles, apparemment, constitueraient une bonne source de protéines, peut-être meilleures que le poulet. En attendant, avec le principe de doute, je m’abstiens, mais je serais bien curieux.
    Tu avais justement partagé cela je crois: http://www.lemonde.fr/planete/article/2010/05/31/les-insectes-bifteck-de-l-avenir_1365476_3244.html

  2. Moi aussi, ça m’intrigue. Je vais peut-être attendre quelques semaines avant de m’attaquer aux insectes. J’ai tellement de fourmis chez moi ces jours-ci, je ne veux vraiment pas apprendre qu’elles souffrent lorsque je les écrase

  3. Émilie

    Merci beaucoup Élise pour cet article très informatif. Cela me donne beaucoup de pistes pour poursuivre ma réflexion à ce sujet.

  4. J’ai hâte d’en discuter (et pas nécessairement au-dessus d’un bol de moules-frites). Ce qui m’a le plus surpris dans tout ça, c’est à quel point les propriétés nutritives des coquillages viennent compléter celles des végétaux… Fascinant.

  5. Marjolaine Jolicoeur

    Une vegane qui écrit un article pour se justifier de manger mollusoques et crustacés et pour encourager cette consommation pour des questions de santé…quelle tristesse!

    Si vous mangez des animaux, vous ne pouvez plus vous qualifier de « vegane » . Etre vegan, c’est ne pas consommer aucun produits et sous-produits animaux. Et manifestement, mollusques et crustacés font partie du règne animal.

    Mangeriez-vous un humain dans le coma sous prétexte que vous croyez qu’il ne ressent aucune souffrance?

    Si nous ne pouvons être certain que ces animaux marins ne souffrent pas, pourquoi les manger?

    Les huitres ont un système nerveux qui est décentralisé…

    Evidence of sentience is compelling with regard to animals who have a brain and increasingly strong with regard to invertebrates who lack a brain but have a nervous system. Therefore, any creature with a nervous system should receive the benefit of the doubt and be regarded as sentient. Why would beetles, oysters, or anyone else with a nervous system not be sentient?"
    Link:http://www.animalliberationfront.com/Saints/Authors/Interviews/Interview

    Dans votre resto portugais, il y avait sûrement la possibilité de manger des légumes, de la salade, des pâtes ou du riz…Voilà le vrai choix éthique d’une authentique vegane!

  6. Je suis désolée que mes propos aient pu vous attrister. Comme je l’ai écrit en conclusion, "je conçois tout à fait que certains végans puissent refuser d’ajouter ces mollusques à leur diète : après tout, si on est déontologue et contre l’exploitation animale ou la violence, on peut vouloir s’en tenir strictement aux végétaux" et je respecte tout a fait ce choix. De mon côté, je suis conséquentialiste. Bien que les huitres aient un système nerveux, j’ai tendance à croire le Dr Braithwaite lorsqu’elle dit que "we can safely conclude animals such as shellfish will not feel pain" (ce qui n’est pas le cas des crustacés qui ont le bénéfice du doute) et à faire confiance à un éthicien comme Peter Singer qui se range de son côté. Pour moi, les bénéfices pour ma santé sont plus grand que le microscopique risque qu’une huitre puisse souffrir. Par contre, si les scientifique décidaient de mettre les coquillage du côté des crustacés parmi les animaux qui pourraient ressentir de la douleur, je n’hésiterais pas à modifier mes habitudes alimentaires. Après, je suis d’accord pour dire que puisque je mange à l’occasion des coquillages, je ne suis pas une authentique végan. Mais je continue de penser que je fais du mieux que je peux pour réduire la souffrance animale sur terre. Et à admirer le courage et la passion des authentiques végans.

  7. Salomé

    Je tiens juste à apporter une précision sur cette phrase que vous affirmez et qui à mon sens est fausse :
    " Les coquillages n’ont pas de système nerveux central et ne peuvent donc pas ressentir de la douleur. "

    De nombreux mollusques tels la Moule ou l’Huître possèdent deux ganglions cérébroïdes qui sont assez volumineux (chacun de la taille d’un gros pois) et dont la structure interne diffère des simples ganglions sensoriels thoraciques et abdominaux. Mais comme leur organisation a peu de ressemblance avec le système nerveux des Vertébrés il nous est difficile d’imaginer quelles fonctions ces ganglions peuvent traiter (douleur, perception du danger,…), dépassant alors de simples réponses-réflexes. Cependant, l’incapacité que nous avons à l’appréhender ne veut pas dire que ces animaux ne peuvent pas ressentir la douleur… ça serait un peu léger comme conclusion.

    Si vos références se limitent à celles de Wikipédia, je crains que vous ne puissiez aller très loin dans vos réflexions avec de telles sources relativement parcellaires…

    Du coup je pense qu’il est plus prudent d’accepter nos limites de conceptualisation et, dans le doute, de laisser ces animaux vivre leur paisible vie sans être inquiétés par nos estomacs voraces!

    Je rejoins le commentaire précédent : vous vous prétendez peut-être végane, cela ne fait pas d’autant de vous une vraie végane au vu de ce que vous écrivez.

  8. Bonjour Salomé,
    Je ne me considère pas du tout comme une spécialiste de la question et je suis bien consciente qu’on nage ici dans une mer de doutes. Si vous avez lu mon billet au complet, vous aurez vu que mes références vont plus loin que Wikipedia (!). Lorsque des spécialistes de la question de la souffrance des poissons comme le Dr Braithwaite et des éthiciens qui militent pour le droit des animaux tels que Peter Singer nous disent que ce doute est infime, j’ai tendance à leur faire confiance. Je pense que l’élargissement d’une diète ‘éthique’ aux coquillages peut la rendre plus attrayante pour certaines personnes ou simplement plus facile à suivre. Et le fait de se demander si une huitre peut souffrir nous rappelle les résultats d’études que nous avons fait sur les crustacés, les pieuvres et les poissons et justifient le fait de les éviter. Ceci dit, je respecte entièrement votre choix de ne pas consommer ces animaux marins et comme étudiante en nutrition, je sais très bien que vous pouvez vivre en santé avec une diète purement végétale.

  9. Marjolaine Jolicoeur

    Puisque vous avez tellement confiance en Peter Singer (quoique même le pape n’est pas infallible: il a dit des choses assez aberrantes sur la zoophilie, par exemple)…voir plus bas. Lui-même,selon ses dires ne mange PAS de mollusques ou de crustacés. (A moins qu’il se contredise ou qu’il ramollise avec l’âge)

    Dans le doute – de la souffrance animale – il vaut mieux s’abstenir. Ce ne sera jamais «éthique» de manger de la chair animale.

    Manger des mollusques ou des crustacés pour votre santé? Vous avez des problèmes de santé en vous nourrisant seulement de végétaux? Pas besoin de manger des huitres ou autre animal marin pour avoir de la B12 ou du fer, c’est une fausse raison. Il s’agit ici seulement de répondre à un besoin bien égoiste de goût culinaire.

    A sentir l’odeur horrible du comptoir de poissons et autres animaux marins dans les épiceries….je doute fortement que ce soit très bon pour notre santé. Ca sent le yable!

    « When we go beyond fish to other forms of marine life commonly eaten by humans, we can no longer be quite so confident about the existence of a capacity for pain. Crustacea – lobster, crabs, prawns, shrimps – have nervous systems very different from our own. Nevertheless, Dr. John Baker, a zoologist at the University of Oxford and a fellow of the Royal Society, has stated that their sensory organs are highly developed, their nervous systems complex, their nerve cells very similar to our own, and their responses to certain stimuli immediate and vigorous. Dr. Baker therefore believes that lobster, for example, can feel pain. He is also clear that the standard method of killing lobster – dropping them into boiling water – can cause pain for as long as two minutes. He experimented with other methods sometimes said to be more humane, such as placing them in cold water and heating slowly, or leaving them in fresh water until they cease to move, but found that both of these led to more prolonged struggling and, apparently, suffering. If crustacea can suffer, there must be a great deal of suffering involved, not only in the method by which they are killed, but also in the ways in which they are transported and kept alive at markets. To keep them fresh they are frequently simply packed, alive, on top of each other. So even if there is some room for doubt about the capacity of these animals to feel pain, the fact that they may be suffering a great deal, combined with the absence of any need to eat them on out part, makes the verdict plain: they should receive the benefit of the doubt.

    Oysters, clams, mussels, scallops, and the like are mollusks, and mollusks are in general very simple organisms. (There is an exception: the octopus is a mollusk, but far more developed, and presumably more sentient, than its distant mollusk relatives.) With creatures like oysters, doubts about a capacity for pain are considerable; and in the first edition of this book I suggested that somewhere between shrimp and an oyster seems as good a place to draw the line as any. Accordingly, I continued occasionally to eat oysters, scallops, and mussels for some time after I became in every other respect, a vegetarian. But while one cannot with any confidence say that these creatures do feel pain, so one can equally have little confidence in saying that they do not feel pain. Moreover, if they do feel pain, a meal of oysters or mussels would inflict pain on a considerable number of creatures. Since it is so easy to avoid eating them, I now think it better to do so. »

    -Peter Singer, Animal Liberation. 1990, (171-174)

  10. Sur Peter Singer, je me réfère à The Ethics of What We Eat publié en 2006. La dernière phrase de son chapitre sur les fruits de mer (p. 134) " it begins to seem better, as well as simplier, not to buy seeafood at all, with the exception of sustainability obtained simple mullusks like clams, oysters and mussels". À la plage précédente (133), il expliquait les arguments sur la souffrance animale étaient difficilement applicables aux coquillages : "Ethical arguments against eating animals that are based on not causing – or not risking causing- suffering therefore get little grip on eating oystersm clams, and scallops, but are applicable when it comes to eating octopus or squid.".

    On peut penser que Singer ramollit. Ou simplement que son opinion évolue avec la science.

  11. Catherine Naulin

    Oh la la, quelle bonne nouvelle: comme nous venons d’une région ostréicole et grande productrice des célèbres moules de bouchot, ma végétarienne de fille va pouvoir en déguster en toute quiétude! Et en plus, c’est bon pour la santé. YEAH!
    Merci d’avance: notre prochain noel (en Charente) va être fastueux!
    Et je vais te donner la recette de la "terrée" ou"éclade" de moules..

  12. Marjolaine Jolicoeur

    On pourrait beaucoup élaboré sur les positions « molles » de Peter Singer qui ne milite pas pour les droits des animaux; c’est un utilitariste welfariste qui ne reconnait pas de droits aux animaux. Il s’est prononcé, par exemple, pour la vivisection dans certains cas et a écrit un article sur la zoophilie sans vraiment s’y opposer. Son livre « The Ethics of What We Eat » est lamentable pour quelqu’un qui se considère éthicien. Singer le welfariste fait fausse route, quand il considère éthique la « happy meat » ou la viande bio. Les animaux ne sont jamais heureux de donner leur chair et d’un point de vue écologique, la viande bio est tout autant un gaspillage d’eau et de céréales que d’autres viandes. La viande bio sert surtout à calmer la conscience de carnivores.

    Donc, pour savoir si les mollusques peuvent faire partie d’une alimentation végétarienne/vegane, Singer n’est en aucun cas une source fiable. D’un point de vu éthique, lui-même n’est pas vegan à plein temps, seulement végétarien. Et d’un point de vue éthique, le lait et les oeufs sont une très grande souffrance pour les animaux impliqués. Est-ce que lui-même mange des mollusques?

    Cox tout comme vous n’êtes pas végétarien ni même vegan. Plutôt des mangeurs d’animaux invertébrés qui veulent justifier leur consommation et leur attachement à la chair animale en passant par Singer ou la Science. Ou pire par la Santé. On n’a pas besoin d’animaux marins pour être en santé, l’alimentation végétale répond à tous nos besoins physiques et même spirituels.

    Les animaux marins – comme tous les habitants des océans – sont gravement atteints par la pollution, les métaux lourds, ect. On déconseille aux femmes enceintes de manger des huitres.

    Jusqu’à preuve du contraire – n’en déplaise au mou Singer ou au faux vegan Cox – les mollusques peuvent ressentir de par leur organes ou leur système nerveux une forme de conscience animale.

    Et se prétendre un végétarien/vegan éthique, c’est de ne pas consommer de chair animale. Et manifestement les mollusques sont classés comme animaux marins, par la Science elle-même.

    Penser avant d’ouvrir la bouche, oui, mais aussi penser avec son coeur parfois. Pour le bien des animaux marins tout comme pour celui de la planète.

    P.S. Je suis végétarienne depuis plus de quarante ans et vegan depuis près de 20 ans. (Se dire vegan implique aussi de ne pas porter de cuir, de ne pas utiliser de vaccins contenant de substances animales, de ne pas boire du vin contenant de la gélatine, de refuser toute exploitation animale ect. ect.)

  13. Ci-dessus un lien pour aller voir comment "bâtir" une terrée (ou éclade) de moule. En fait, on ne peut le faire qu’en côte atlantique, car il faut des aiguilles de pin maritime. Une cousine a essayé avec des aiguilles de pin en Provence, c’était infect.
    La qualité des moules est évidemment important: les moules bouchot ou moules de Charron sont les meilleures. C’est un plat à déguster dehors, en été, avec un bon vin blanc et beaucoup de bon pain/beurre salé (pour les non vegan) et beaucoup d’amis. Très convivial, un incontournable de l’été en Charente Maritime, surtout du bord de mer. C’est notre bbq à nous, quoi! Après, souvent on se fait des sardines grillées, un autre délice. Quid des sardines la liste verte? – hum, je vais vérifier.

  14. Merci d’avoir fait ces recherches pour collecter l’avis des scientifiques sur cette question toujours non résolues. J’ai tenté de faire la même chose ici http://vegebon.wordpress.com/2010/05/09/pourquoi-devenir-vegetarien-ethique-animale/ .

    Une source qui m’a beaucoup convaincue est http://books.google.fr/books?id=bqz9-IUUwdcC&pg=PA3&lpg=PA3&dq=Stress+in+invertebrate&source=bl&ots=Y7-r0RC7oI&sig=O9MaOxo1QVau_xa3QbB-JEpY5-g&hl=fr&ei=PYjdS8W0EMSmOJWP_a8H&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=5&ved=0CCcQ6AEwBA#v=onepage&q=Stress%20in%20invertebrate&f=false (pages 3 et 4 notamment). Qu’en penses-tu ?

  15. Je pense que nos blogs ont beaucoup de similitudes (d’ailleurs, je lis le vôtre depuis plusieurs semaines, en cachette…) et je devrais m’inspirer de la structure du vôtre – le mien devient un véritable fouilli (comme mon bureau…). Depuis la publication du billet, j’ai continué d’approfondir ma connaissance des questions liée à la souffrance chez les poissons et crustacés et je ne peux que vous recommander "do fish feel pain" dont je parle dans le post. C’est vraiment le meilleur ouvrage que j’ai pu lire sur la question. Et sur les aspects plus larges de l’éthique animale, les billets de Martin devraient vous amuser : http://penseravantdouvrirlabouche.com/author/objet17/

    Au plaisir !

  16. J’ai déjà lu les articles de Martin, comme la majorité des archives de votre blog :-) (quand j’aime bien un blog j’essaye de remonter ses archives).
    Et je vais me procurer Do Fish Feel Pain, comme ça on pourra mieux discuter !
    A bientôt, et n’hésitez pas à formuler des critiques sur mon blog, c’est comme ça qu’il avance ^^.

  17. Delphine

    Et bien je dois vous dire merci, car je suis en pleine conversation assez animée sur un site sur lequel tout le monde me traite de tous les noms car je considère que les fruits de mer ne ressentant pas la douleur, je conçois tout à fait que quelqu’un s’opposant à la souffrance animale puisse en manger; Seulement, tout le monde me traite de tous les noms d’oiseau possibles et imaginable sans m’opposer un quelconque argument scientifique!
    C’est du genre: "t’es une ignoble tueuse, les fruits de mer souffrent, pi de toute façon, c’est nous qu’on a raison et puis c’est toi que t’as tort"

    Je vais continuer de me renseigner, mais votre article m’a été très utile!

  18. Pour avoir lu pendant des semaines sur la question, je ne peux que vous recommander Victoria Braithwaite – Do fish feel pain.
    Elle y recense à peu près toutes les études existantes sur la souffrance des poissons et fruits de mer et son livre est très facile à lire (je peux vous en envoyer une copie scannée si vous me donnez votre mail).

    Vous l’avez peut-être déjà lu, mais j’ai aussi écrit un article sur "comment sait-on que les animaux souffrent", juste ici : http://penseravantdouvrirlabouche.com/2010/08/22/comment-sait-on-que-les-animaux-souffrent/

    Bon courage !

    Élise

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