Le cinquième jour, il créa les oiseaux et vit que cela était bon.

Genèse de l’agriculture industrielle

En 1946, nos voisins du sud organisaient le concours «The Chicken of Tomorrow» pour  trouver le poulet parfait qui produirait la plus grosse poitrine possible avec les coûts de nourriture les plus bas. Aujourd’hui, tous les poulets que nous mangeons sont les descendants de ce poulet.



Pendant la campagne électorale de 1928, le président Herbert Hoover s’engageait à éradiquer la pauvreté en promettant «un poulet dans chaque casserole et une voiture dans chaque garage». Comme la voiture, le poulet est un symbole de richesse auquel aspiraient tous les américains et la demande était croissante.

Jusqu’alors, les poulets étaient en faits des sous-produits peu efficients de la production d’œufs. On avait déjà découvert qu’en ajoutant des vitamines A et D à leur diète, on pouvait les élever à l’intérieur, dans de grands abris. Une ferme qui élevait jusqu’alors cinquante poulets pouvait maintenant en élever 500, 10 000, 250 000. Dans les années qui suivirent, des entrepreneurs comme Arthur Perdue et John Tyson (dont les descendants contrôlent aujourd’hui la majorité de la production de poulet aux États-Unis) mirent en place les bases de la production industrielle de poulet. On produit du maïs hybride pour les nourrir à faible coût et on invente une machine qui coupe le bec de chaque poussin pour éviter que les oiseaux ne s’entretuent. On contrôle également les cycles de croissance avec la lumière et on développe des antibiotiques pour réduire les maladies dans ces abris sales et surpeuplés.

Mais en 1946, il restait un détail assez important à régler. Les poulets eux-mêmes. Ils n’étaient pas complètement prêts pour la production de chair en masse (jusqu’alors, les oiseaux utilisés pour les oeufs et la chair étaient les mêmes). Il fallait développer une race destinée à la consommation – le broiler chicken. Le gouvernement américain, en collaboration avec une chaine d’épicerie, organisa  un concours «The Chicken of Tomorrow» pour trouver l’oiseau qui produirait la plus grosse poitrine possible avec les coûts de nourriture les plus bas.

Ce petit bijou de documentaire sur lequel je viens de mettre la main raconte tous les détails de ce surprenant concours :


(vous apprécierez le «pretty chicks ? yes sir» à 7:52 de la première partie)

Aujourd’hui encore, ce sont les descendants de cet oiseau « gagnant » qu’on mange lorsqu’on mange du poulet. Il n’existe plus qu’une seule sorte de poulet, le poulet industriel dont trois quarts du code génétique appartient à deux entreprises. Une machine à convertir du grain en chair en fait, qui atteint 5 livres en moins de 7 semaines, alors que ses ancêtres en prenaient le double pour atteindre 3 livres. Si on transpose à l’échelle humaine, c’est comme si un enfant atteignait 300 livres à l’âge de dix ans, en ne mangeant que des barres de céréales et des vitamines Flintstones (la délicieuse image est de Jonathan Safran Foer). Évidemment, tout ça n’est pas sans conséquences, tant sur les oiseaux eux-mêmes que sur l’environnement et les humains. Mais j’y reviendrai – j’ai une conférence à terminer !

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