L’éthique animale

Quel est le statut moral des animaux ? Les animaux ont-ils des droits ? A-t-on des devoirs envers eux ? L’exploitation des animaux est-elle justifiée ? À la liste des sujets qu’il ne faut pas aborder à table, il faudrait ajouter le statut des animaux à la religion et l’argent. Parce que poser ces questions, c’est ouvrir la porte à un vif débat, souvent polémique et dont on sort généralement frustré.

Le malaise autour de ces questions n’est probablement pas étranger à notre méconnaissance de l’éthique animale. Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, auteur de L’éthique animale qui vient de paraître dans la prestigieuse collection Que sais-je ?, explique que la réflexion sur le statut moral des animaux est plus riche dans les pays anglophones, plus systématisée et surtout davantage prise au sérieux que chez les francophones. « Si l’éthique animale s’est moins développée dans la philosophie continentale c’est parce qu’elle a été et est encore freinée par l’humanisme, qui est par définition anthropocentriste. (…) Dans le monde anglophone, dominé plutôt par la tradition utilitariste (…) on peut donc travailler sur l’animal comme sur n’importe quel autre objet philosophique, sans se faire accuser de crime de lèse-humanité. »

Il n’est alors pas étonnant que des penseurs comme Tom Regan, Peter Singer et Gary Francione soient peu traduits, enseignés et connus ici comme en France ou que la traduction française de Eating animals du romancier Jonathan Safran Foer soulève tant de passions et de sophismes naturalistes.

Avec la récente publication du petit livre de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, les francophones vont pouvoir rattraper le train, voire le dépasser : à ce jour, L’éthique animale constitue la meilleure et la plus accessible introduction à ces questions qu’il m’a été donné de lire.

Jean-Baptiste Jeangène Vilmer est un jeune philosophe, juriste, politologue et photographe (!) français qui a la gueule pour jouer aux côtés de Romain Duris. Il a étudié et enseigné à Montréal pendant quelques années et est aujourd’hui maître de conférence en relations internationales au Département des War Studies du King’s College de Londres.

Contrairement à beaucoup d’ouvrages sur le sujet qui défendent une thèse, L’éthique animale n’est pas une réponse univoque ou la présentation de règles sur ce qu’il est « moral » de faire aux animaux. Jeangène Vilmer propose plutôt un panorama synthétique de ce qu’est l’éthique animale et des différents points de vue sur la question : antispécisme, welfarisme et abolitionnisme, théorie des droits des animaux, etc. Bien que ces notions soient complexes, l’auteur réussit à les rendre accessibles et on prend rapidement plaisir à jouer avec les idées présentées et à confronter nos propres intuitions à celles des philosophes.

Les néophytes prendront conscience avec ce livre que l’éthique animale est un domaine de recherche sérieux, riche et complexe, à mille lieux de l’image qu’on se fait des défenseurs des animaux qualifiés d’« extrémistes » à la Brigitte Bardot alors que les initiés y trouveront une base théorique solides pour appuyer leurs intuitions et débats. Pour quiconque s’intéresse et se questionne sur son rapport aux animaux, éleveur, militant végétarien, nutritionniste, propriétaire d’un chat ou simple foodie, la lecture de ce petit bouquin d’une centaine de pages me semble essentielle.

L’éthique animale
Jean-Baptiste Jeangène Vilmer

Collection Que sais-je (PUF) 2011, 127 p.
Environ 17$

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