Taxer la viande pour sauver la planète ?

Peter Singer propose d’instaurer une taxe sur la viande

Le 25 octobre dernier, Peter Singer, célèbre éthicien et auteur de The Ethics of what we eat proposait d’instaurer une taxe sur la viande. Selon lui, les consommateurs de viande imposent des coûts aux autres citoyens. Payer une taxe sur la viande pourrait les conscientiser et les aider à réduire leur consommation, comme ce fut le cas pour la cigarette. La même semaine, l’économiste Lord Stern of Brentford, ancien vice-président de la Banque Mondiale, soutenait que, pour combattre le réchauffement climatique, nous devions devenir végétariens.  Taxer la viande serait-il un moyen de sauver la planète ?

Lord Stern of Brentford nous rappelle des données de l’ONU: la production de viande serait responsable de 18% des émissions totales de gaz à effet de serre. C’est davantage que toutes les formes de transport combinées. D’autres sources vont même jusqu’à parler de plus de 50% des émissions de GES qui seraient causées par la production de viande. Il faut le savoir: la molécule du méthane (CH4) rejetée par les flatulences du bétail aurait un effet de serre 21 fois supérieur à celle du CO2. Pourtant, à l’heure où chaque rapport sur le réchauffement climatique est plus alarmant que le précédent, la consommation de viande par habitant continue d’augmenter. Au Canada, elle a gagné 12% depuis 10 ans et elle devrait doubler à l’échelle planétaire d’ici 2050.

Par ailleurs, cette croissance de la demande de produits carnés engendre d’énormes usines à bétail, grandes consommatrices d’eau et d’énergie. Ces usines polluent les cours d’eau, génèrent elles aussi des GES et dépendent de la production de maïs et de soya pour nourrir le bétail. Toujours selon l’ONU, 30% des terres arables sont utilisées pour nourrir ces animaux. Cela entraîne une grande partie de la déforestation, particulièrement dans les pays en voie de développement. Ainsi, en Amazonie, c’est 70% de la forêt qui est devenue du pâturage.

En 2002, chaque Canadien a consommé 108 kg de viande. C’est de deux à quatre fois plus que l’apport quotidien recommandé. Une simple réduction de la consommation de viande aurait déjà des conséquences bénéfiques pour l’environnement. En effet, réduire sa consommation individuelle de 20% aurait autant d’impact que remplacer sa voiture classique – par exemple, une Camry – par une Prius ultra efficiente.

De plus, pendant que l’occident mange trop, et surtout trop de viande, 800 millions de personnes souffrent de faim et de malnutrition. Si l’ensemble du monde mangeait autant de viande que nous, il faudrait défricher 67% de plus de terres arables que ce que la terre contient aujourd’hui pour les transformer en pâturage. Pourtant, le rendement calorique de la viande est faible. Comme le rappellent Singer et Mason dans The Ethics of What We Eat, un champ de céréales qui nourrit une personne lorsqu’il sert à produire de la viande, en nourrirait de deux à cinq s’il produisait des aliments directement consommés par des humains. Et la plupart des experts s’entendent aujourd’hui pour dire qu’il n’y a pas de différence significative entre la qualité des protéines animales et végétales.

Pour Lord Stern of Brentford, la mentalité des consommateurs doit évoluer: la consommation de viande doit peu à peu devenir inacceptable. Nous devons prendre conscience des coûts réels de la production de viande. Qui nous fera croire que le kilo de porc haché en spécial à 2,18$ couvre le coût véritable de sa production? Émissions de GES, cours d’eau pollués, mauvaise qualité de l’air autour des porcheries, déforestation. Sans parler des conditions de travail dans les abattoirs et les usines à viande, des problèmes de santé associés à sa consommation et de la souffrance animale.

Les arguments pour taxer la viande sont bien plus solides que ceux pour taxer le tabac. Répétons le: les consommateurs de viande imposent des coûts à la société et à l’environnement. Plus nous consommons, plus ces coûts sont importants. La proposition de Peter Singer est simple:  augmenter de 50% la valeur au détail de tout type de viande. Cela ne pourra que modifier nos habitudes de consommation. Mis à part les lobbys de producteurs, nous avons tous à y gagner.

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