C’est une question de choix personnel

Vivre et laisser vivre. Je vous laisse manger votre tofu, fichez-moi la paix avec mon poulet. Est-ce que les carnivores se sont énervés quand McDo à commencé à vendre de la salade ? Alors pourquoi ne pourrait-on pas vendre du poulet chez Commensal ? Chacun ses croyances ! Chacun a droit à ses idées et à manger ce qu’il veut ! Faites dont preuve d’un peu de tolérance !

 

L’ « argument » le plus fréquent en faveur du régime omnivore consiste dans une forme de tolérance polie. Chacun peut bien faire ce qui l’entend. Être végétarien serait une question de choix personnel. Mais est-ce que ce qu’on met dans son assiette est vraiment une question de choix personnel ?

 

Supposons un instant qu’on parle de mensonge, de peine de mort ou de détournement d’argent public. Devrait-on dire que détourner des fonds publics est une question de choix personnel ? À chacun ses goûts ! Je respecte que vous soyez honnête, mais ne me faites pas culpabiliser avec mes enveloppes brunes ! Dans ce cas, la tolérance paraît déplacée. Car si toute action volontaire est effectivement le résultat d’un « choix personnel », cela ne signifie pas que nos raisons d’agir sont toutes personnelles. C’est tout particulièrement le cas lorsque ces raisons sont morales. Si, par exemple, je suis contre la peine de mort, c’est parce que je considère que c’est mal. Pas seulement mal pour moi, pas seulement mal dans ma société, mais mal en soi. C’est d’ailleurs une des marques de la moralité comme le suggérait le philosophe Emmanuel Kant : une raison morale de faire quelque chose doit chercher à être universelle et partageable.

 

Le problème avec l’argument du « choix personnel », c’est qu’il ignore la dimension morale de la question. Préférer le poisson à la viande rouge peut relever des préférences gustatives, comme on peut décider de vivre à la campagne plutôt qu’en ville ou écouter du jazz  plutôt que du rock. Dans ces domaines, la tolérance semble appropriée et ce sont effectivement des choix personnels. Mais adopter la même attitude avec notre rapport aux animaux, ce serait tout simplement esquiver tout débat éthique. Or, nos choix personnels en matière d’alimentation ont des conséquences sur des êtres sensibles. On peut choisir de faire fi de ces conséquences, mais il faut garder en tête que ce qu’on mange n’est pas qu’une affaire de papilles gustatives; c’est aussi une question morale.

 
 

Inspiré du chapitre Un souper chez Sarah Palin (écrit avec Martin Gibert) dans Je mange avec ma tête
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