Lost in translation

On parle beaucoup de viande chez les Français depuis le début de l’année. Et ça dérange. Sans faire d’analyse lexicale très poussée, simplement en s’arrêtant aux traductions des titres publiés, on peut voir des indices du rapport ambigu qu’ont les Français (et peut-être les Québécois) à la consommation de viande.

Le premier cas, le plus visible, celui du titre de l’essai de Jonathan Safran Foer, Eating Animals. Le double sens du titre est important en anglais. L’homme est un animal qui mange, et l’homme mange des animaux. Safran Foer écrit d’ailleurs « we are eating animals » dans le texte anglais. En français, on y va tout en douceur avec Faut-il manger les animaux?. L’affirmation tranchée, lourde de sens, est remplacée par une question.

Le français est un cas à part. En italien, le livre s’appelle Se Niente Importa (« Si rien n’a d’importance », les mots prononcés par la grand-mère de Safran-Foer, juive, qui a refusé de manger du porc alors qu’elle mourait de faim). En allemand, la traduction semble être plus près de l’original avec Tiere Essen (pas la peine d’insister, je ne commenterai pas les traductions coréennes et japonaises !).

Même lorsqu’on traduit des articles, on semble vouloir y aller soft. La semaine dernière, le Courrier International publiait une édition « 100% agricole » où un des articles principaux titrait Renoncer à la viande, une fausse bonne idée. En résumant grossièrement, derrière son titre accrocheur, l’article explique que si toute la Terre devenait végé, tous les problèmes ne seraient pas réglés – mais invite à une réduction de la consommation de viande. Ok, mais de là à parler de « fausse » bonne idée ? L’original publié dans The New Scientist avait un titre plus près du contenu de l’article : Veggieworld: Why eating greens won’t save the planet. Aaaah.

Je me demande bien comment on traduirait le troublant Slaughterhouse de Gail Eisnitz, ou encore Animal Factory de David Kirby.  Vous avez des idées ?

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