Les fraises du Québec et la concurrence californienne
Je suis tombée dans les fraises quand j’étais petite. Comme tous les enfants, je voyais avec l’arrivée des fraises la fin des classes et des petites boules rouges apparaître dans mes céréales, mais j’ai aussi passé presque tous mes étés à cueillir des fraises à la ferme des Perron. Quand la St-Jean approchait, j’avais oublié les genoux qui font mal, le cou brûlé par le soleil et les ongles tachés de rouge pour n’avoir qu’une envie, m’empiffrer de petits fruits rouges tout en gagnant quelques dollars.
Pour la première fois cette année, j’ai remarqué que les fraises du Québec arrivaient presque un mois plus tôt que dans mes souvenirs. Si elles nous semblent si hâtives, ce n’est pas que la St-Jean a été déplacée ou que l’année scolaire a été étirée. C’est un peu à cause du printemps particulièrement chaud que nous avons eu, mais aussi grâce aux innovations technologiques qui permettent de gagner quelques semaines sur la saison normale. Les plus gros producteurs installent des bâches géotextiles sur les champs, ce qui permet d’accélérer le mûrissement et de regagner quelques points de parts de marché sur les fruits importés. Parce que tout l’enjeu est là, prendre la place des fraises de Californie. Et le défi est grand, parce que cette semaine encore, mon épicerie vend des fraises de Californie, pas des fraises du Québec.
L’arme secrète des Californiens : le bromure de méthyle
Les petits Québécois ont souhaité avoir des fraises dans leurs céréales à l’année et les Californiens sont venus combler ce besoin. Les producteurs québécois parlent cependant de concurrence déloyale. Parce que même en saison, même avec leurs bâches géotextiles, même avec l’avantage de la proximité, ils ne parviennent pas à produire des fraises à aussi bas coûts que les Californiens. Pourquoi ? D’abord, parce qu’en Californie, le climat, le sol et la disponibilité de l’eau permettent des rendements à l’hectare cinq fois supérieurs à ceux d’ici. Et bien entendu, la spécialisation en monoculture permet des économies d’échelle. Mais surtout, parce qu’au Québec, le gouvernement interdit l’utilisation du bromure de méthyle alors que les californiens en font usage. Et ça change tout.
Comme l’explique Protégez-vous dans un excellent dossier sur le sujet, le bromure de méthyle est un pesticide mortel utilisé depuis les années 1930, surtout pour fumiger le sol. Appliqué dans les champs avant de planter les fraises, il stérilise le sol en tuant tout ce qui y vit : rongeurs, champignons, bactéries, insectes, etc. Le bromure ne semble pas dommageable pour la santé humaine. Le problème, c’est que le bromure de méthyle est sur la liste des substances interdites par le protocole de Montréal à cause des risques de destruction de la couche d’ozone. Puisque le brome est 60 fois plus nocif que le chlore, même une faible quantité suffit à causer des dommages considérables à la couche d’ozone. Plusieurs pays, dont le Canada l’interdisent et les États-Unis attendent d’avoir trouvé une alternative avant d’en bannir l’usage. Le pire, c’est qu’il ne semble pas avoir de volonté politique d’interdire l’importation de fraises produites avec du bromure de méthyle et les commerçants, eux, veulent répondre à la demande et disent qu’ils n’ont pas le choix que d’offrir des fraises californiennes.
Après la pêche durable, la culture durable ?
Après les récentes initiatives de quelques grandes chaînes de n’offrir que du poisson issu de pêches durables, pourquoi ne suivrait-on pas la voie avec la fruits et légumes ? Si on tient absolument à offrir des fraises à l’année, il faudrait à tout le moins qu’elles soient biologiques (rappelons que les fraises font partie des fruits les plus susceptibles de contenir des pesticides. Si ce n’est pas du bromure, ce sera autre chose !). Et surtout, mettre de l’avant les fruits d’ici, en saison. Dans le cas des fraises, ce n’est même pas une question de chauvinisme ou économique, on parle de préserver la couche d’ozone. Les maraîchers québécois rivalisent d’inventivité pour nous offrir des produits de plus en plus diversifiés à longueur d’année et pourtant, on a toujours du mal à retrouver les fruits de leur travail dans les grandes surfaces. Sans interdire les produits importés, les épiciers ont le pouvoir de faire en sorte que l’option “par défaut” soit éthique et québécoise. On peut aussi suivre l’exemple de chaînes américaines en nous présentant le nom et la ville maraîcher. Et tant qu’à y être, les initiales du ceuilleur sur le panier !

ni
2010/06/08
Super article, je suis tout à fait d’accord
Babette
2010/06/08
Je savais que quelque chose clochait avec les fraises de la Californie, mais je ne savais pas que c’était un produit nocif pour la couche d’ozone qui détruisait tout dans le sol. Alors voilà, tu viens de me convaincre de ne plus en acheter! Merci pour tous ces renseignements, Élise!
qbert72
2010/06/08
Mon épicerie offre les deux en ce moment. Effectivement, la petite chopine de fraises du Québec coûte pratiquement autant que le grosse chopine de (grosses) fraises de Californie. Par contre, y a juste les fraises d’ici qui goûtent vraiment la fraise. Des fois, notre palais est d’accord avec l’éthique.
Mariève
2010/06/08
Personnellement j’aime attendre et désirer les fraises. Disponibles et mangées à l’année, elles ne m’existeraient plus, elles me laisseraient même indifférente.
J’ai moi aussi, petite, cueillis des fraises des champs, en bordure des fossés, et l’odeur, l’arôme et la saveur d’une fraise chaude est incomparable et irremplaçable. Un souvenir gravé dans ma mémoire. Et c’est ce goût que j’attends avec impatience le mois de juin venu. Alors la californienne…!
La beauté de la chose c’est qu’il y a des gens, comme toi Élise, qui informent (et qui confirme mon choix) et avec cette information nous avons la responsabilité de dire non aux fraises californiennes et choisir de manger la fraise du Québec de juin à septembre. Je vous laisse je vais me bourrer la fraises… du Québec! ;) Santé!
Julie
2010/06/10
Merci. Voilà qui me retiendra de craquer pour la barquette de fraises californiennes en février (qui déçoint immanquablement de toute façons). Ce sont des informations à faire circuler sans modération!
catherine
2010/06/18
Je suis chauvine moi aussi, mais sur deux continents: et lorsque je suis en France, je chante les louanges des tomates des champs du Québec, et des FRAISES du Québec. Irremplaçables pour ce qui est du goût quant à moi. (en revanche j’ai un faible pour les nectarines et les pêches, les abricots et les prunes, tous tellement plus goûteux, et là aussi, j’essaie d’acheter “local”, ie. France et non Maroc ou Espagne)
Pas de souci, il y a bien longtemps que je ne craque plus pour les fraises californiennes. Autant manger du carton pâte! En revanche, j’apprends ici l’utilisation de ce fameux bromure de méthyle. Encore une bonne raison pour ne pas acheter ces baies qui semblent gonflées aux hormones.
Lise Roy
2010/06/24
ou peux-ton trouver des petites fraises des champs sur la Rive-Sud à acheter
Merci
Lise Roy et Mario Dion de Candiac
Elise Desaulniers
2010/06/26
Je connais mal la rive-sud mais avez-vous essayé Avril ?
catherine
2010/07/04
Élise,
Je voulais aller cueillir des fraises avec mes petits enfants, mais je suis soucieuse quant aux pesticides utilisés.
Le jeux pour les enfants serait bien sûr de cueillir mais surtout goûter. Difficile de leur interdire de picorer les fruits s’ils n’ont pas été lavés préalablement.
Qu’en ait-elle de la ferme des Perron?
Merci d’avance de tes infos.
Elise Desaulniers
2010/07/04
Bonjour Catherine,
Je ne crois pas que Perron soit bio. Mais j’ai trouvé cette ferme bio à Laval où on pratique l’autoceuillette:
http://www.fraisesetframboisesduquebec.com/fraiches_fr/kiosques_et_autocueillette/producteurs_biologiques.php?prod_ff_id=00040&p=0&chk1=1&chk2=1&chk3=1&chk4=1&id_reg=13
Bonne chance !