Tout n’est pas toujours plus vert chez le voisin.

Comment acheter bio et local peut parfois être nuisible

C’est généralement Martin qui fait les courses. Récemment, il est revenu de l’épicerie avec des épinards mexicains. J’ai fait une crise : « T’aurais pu en acheter d’ici, quand même. Et c’est même pas bio ». Martin m’a dit que j’avais raison (bien!). Mais je me suis peut-être trompée… l’achat local et même l’agriculture biologique pourraient parfois être plus dommageables que l’agriculture industrielle. Pardon Martin.

Local à louer ?

Depuis quelques années, on s’entend pour faire l’éloge de la nourriture produite localement. On a même inventé un mot (en 2007 selon Google Trends), locavore, qui décrit une personne qui consomme de la nourriture produite dans un rayon d’au plus 240 km de chez elle. Un locavore s’éloigne de Costco pour acheter de producteurs locaux en argumentant que lorsqu’on achète une courge directement de son producteur, on paie le prix juste, sans rémunérer d’intermédiaire. On sait un peu plus ce qu’on met dans notre assiette. On limite aussi la distance parcourue par cette courge, ce qui réduit d’autant les émissions de CO2. À produit comparable, il ne fait pas de doute qu’il soit préférable d’acheter local. Rien de mieux que les carottes du voisin en plein été.

En revanche, le gouvernement britannique a analysé l’impact environnemental de la nourriture et a constaté qu’il serait préférable de faire venir des tomates d’Espagne l’hiver plutôt que de les faire pousser dans des serres. Il rappelle que des dizaines de consommateurs qui vont chacun dans leur voiture acheter leurs légumes directement à la ferme produisent davantage de CO2 qu’un gros camion qui ferait le lien entre l’épicerie et l’entrepôt. Certains climats sont aussi mieux adaptés à la culture de certaines espèces que d’autres. On peut penser aux fruits et légumes qui doivent naître en serres ici, mais la même logique s’applique à la viande. Encore là, les études sont britanniques, mais on a calculé que l’agneau produit en Nouvelle-Zélande et nourri de trèfle puis transporté par bateau en Angleterre avait produit 4 fois moins de CO2 que l’agneau qui a grandi en Angleterre simplement à cause du pâturage qu’on donne aux agneaux anglais.

On peut aussi s’interroger sur l’impact de l’achat local sur l’économie des pays en voie de développement. Les fermiers de la Montérégie vont peut-être pouvoir envoyer leurs enfants à l’école privée en augmentant leurs revenus, mais ceux du Mexique ou du Chili ont besoin de cet argent pour se payer des soins de santé. «Garder son argent dans la communauté» n’est pas nécessairement éthique.

La tête sur le bio

En quoi les aliments cultivés biologiquement sont-ils meilleurs que les autres? Il n’est pas prouvé que les aliments biologiques soient meilleurs pour la santé. Étonnamment, les recherches actuelles n’ont pas réussi à démontrer que lorsqu’une plante grandit dans un sol plus fertile, elle aura de meilleures qualités nutritives. Pour la nutritionniste Marion Nestle de l’Université de New York, on doit choisir des aliments biologiques pour des raisons liées à l’environnement. L’agriculture biologique garantit aux animaux un meilleur traitement. Aussi,  les sols sont enrichis et conservés, les cours d’eau ne sont pas pollués par les engrais et les travailleurs ne sont pas exposés aux pesticides.

L’impact positif de l’agriculture biologique sur l’environnement ne fait cependant pas l’unanimité. La principale critique vient de Norman Borlaug, prix Nobel de la Paix et père de la Révolution verte. Il explique que les fermes biologiques ont de moins bons rendements et emploient plus de terres pour produire la même quantité de nourriture. La production mondiale de céréales a triplé depuis 1950 alors que le nombre de terres utilisées n’a augmenté que de 10%. Une production bio aurait nécessité trois fois plus de terres agricoles, au détriment des forêts. On peut aussi dire que la nourriture produite biologiquement est plus chère et en moins grande quantité,  donc plus difficilement accessible aux plus pauvres et moins efficace pour enrayer la famine.

Alors qu’est-ce qu’on mange ?

Pour Peter Singer (on y revient toujours), acheter local reste souvent le meilleur choix mais il faut acheter local lorsque la nourriture a été produite avec une quantité d’énergie comparable à la nourriture importée. En d’autres mots, acheter local et de saison. Il est aussi important de soutenir les fermiers les plus pauvres du monde, notamment par le commerce équitable (nous y reviendrons). Quant au bio, s’il nous semble si peu performant, c’est entre autres parce qu’on ne reconnaît pas les  externalités négatives de l’agriculture industrielle. De plus, si on modifie ses habitudes alimentaires – en consommant moins de viande – on aura besoin de moins de terres agricoles (un champ de céréales qui nourrit une personne lorsqu’il sert à produire de la viande, en nourrirait de deux à cinq s’il produisait des aliments directement consommés par des humains).  Je pense aussi que le développement de l’agriculture biologique doit être fortement soutenu pour que celle-ci ne bénéficie pas seulement aux agriculteurs et aux consommateurs les plus riches.

Ajout (13 déc 2009) - Un excellent dossier de Stéphanie Bérubé sur cette question a été publié dans La Presse hier. On peut la lire ici, et .

Sources:

In Praise of the Organic Environment de Marion Nestle, nutritionniste et professeur au département de Nutrition and Food Studies de l’Université de New York.
«Voting with your Trolley», The Economist, 9 décembre 2006 (disponible sur abonnement d’essai gratuit)

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13 Comments

  1. Mister B.

    Bravo! Dans le débat sur l’alimentation, trop souvent on mélange végétarisme (ou véganisme), agriculture bio et production locale. Bien qu’étroitement rapprochés, puisqu’ils traitent de ce qu’on va bouffer, il s’agit tout de même de sujets biens différents aux enjeux distincts. Faut pas mélanger les boeufs et les cochons… ou les pommes et les oranges (pour les végétariens) :-)

  2. On vous a déjà dit que vous avez une belle plume? « La tête sur le bio », c’est joli.

    Je retiens qu’il ne faut pas toujours se fier aux apparences ou aux intuitions. C’est quand même complexe de déterminer ce qu’il est le plus éthique de manger. Une chance que tu t’en occupes pour nous!

  3. @Mathieu et Alex: je pense qu’on est un peu tous à la recherche de l’étiquette qui va nous dire go, achetez et mangez en tous, ceci est bon pour vous et pour la planète. Le « Peter Singer seal of approval » n’existe pas, le régime miracle bon pour la planète et la santé, ça n’existe pas. Par contre, faut pas non plus devenir fou avec ça. Le niveau de la mer ne va pas augmenter soudainement parce qu’on a mangé des tomates de serre. Mais bon, se poser une question de temps en temps, ça jamais fait de mal à personne et venir me lire, c’est déjà pas mal !

  4. j’aime bien cette explication qui résume clairement la situation; manger local et de saison, et pour les autres produits, bio et équitable en vérifiant l’impact écologique.

    Mais, aussi peut-être, en mangeant moins de viande, moins manger tout court. Transformer le « vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre » en « manger sobrement pour que d’autres puissent aussi manger »…

    Je ne comprends toujours pas les excédents de nourriture jetés chaque jour (voir l’excellent film « We feed the World ») quand cela pourrait couvrir les besoins de milliers de personnes…

  5. David

    Je suis en désaccord avec ce paragraphe:
    « On peut aussi s’interroger sur l’impact de l’achat local sur l’économie des pays en voie de développement. Les fermiers de la Montérégie vont peut-être pouvoir envoyer leurs enfants à l’école privée en augmentant leurs revenus, mais ceux du Mexique ou du Chili ont besoin de cet argent pour se payer des soins de santé. «Garder son argent dans la communauté» n’est pas nécessairement éthique. »

    Est-ce plus éthique qu’une multinationale s’installe dans un pays en voie de développement sur des terres qu’elle a « obtenues » du gouvernement, qui étaient occupées par des paysans qui pratiquaient une agriculture personnelles ou communales. Ces gens pouvaient subvenir à leurs besoins, mais une fois dépossédés de leur terre, ils ne le peuvent plus. Ils se voit proposer un emploi par cette entreprise, mais à un salaire si bas qu’il doivent travailler 12 h par jour. Il sont entassés dans des « villages » construits par la compagnie pour s’assurer d’un bassin de travailleurs. Et ils doivent désormais acheter leur nourriture, parfois meme le seul endroit disponible est le ‘dépanneur’ de la multinationale…
    Et au niveau de l’environnement, on passe d’une agriculture de subsistance de faible impact et superficie à de grandes monocultures (destruction de la flore indigène) avec emploi de pesticides…

    Si bien que ces paysans sont parfois (ou souvent) plus pauvres et dépendants qu’avant. Ce n’est pas nécessairement partout pareille, mais je crois qu’il faut avoir une saine compréhension de l’économie mondiale avant de parler d’éthique.

    Je constate que tu vulgarises bien l’information, j’aimerais te suggérer le livre « La mondialisation de la pauvreté » de Michel Chossudovsky, professeur à l’UQAM. Il présente très bien les mécanismes et processus qui s’opèrent lorsqu’un pays en développement recoit de l’aide internationale du FMI, quels sont les changements politiques qui ont court, aux niveaux des services publiques (éducation, soin de santé, réseaux routiers, agriculture, etc…) et qu’est ce que ca représente pour la population. Une revue de plusieurs pays ayant recu l’aide du FMI/Banque Mondiale est aussi présentée. Également son site internet Mondialisation.ca

    et pour terminer, le documentaire (excellent) de Richard Brouillette « L’Encerclement, la démocratie dans les rets du néolibéralisme » disponible à l’ONF.
    Bon apétit!

  6. Bonjour David,
    J’ai eu eu peu la même réaction que toi quand j’ai commencé à lire Peter Singer sur la question. Tu dois connaître Singer si tu as un peu parcouru mon blog, il est titulaire de la chaire d’éthique de Princetown et il s’est beaucoup intéressé à l’éthique animale, à l’alimentation et à la pauvreté. Il consacre plusieurs pages de The Ethics of we Eat à la question du local. Il se pose les mêmes questions que toi : si on achète de pays en voie de développement, combien vont réellement aux producteurs par rapport aux multinationales ? Ne serait-il pas mieux si les habitants des pays en voie de développement devenaient auto-suffisants plutôt que d’exporter des biens à l’étranger ? Reste que bien que ces questions soient importantes et méritent qu’on s’y intéresse, l’argument de « garder son argent dans la communauté » n’est pas en soi un principe éthique. Adhérer à l’achat local sans réfléchir aux conséquences sur les autres est de l’égoïsme communautaire.
    Ensuite (et je résume beaucoup, mais tu vois l’idée), si on a un dollar à dépenser sur des haricots et qu’on doit choisir entre acheter local (et le fermier local garderait le dollar) et acheter d’un fermier pauvre au Kenya (qui n’aurait que deux cents), on ferait davantage pour enrayer la pauvreté en achetant des haricots Kenyens. Le raisonnement est mathématique. Un dollar sur un salaire de 40 000$ par année, ça fait 0,0025%. Deux cents sur un revenu de 110$ par année, ça fait 0,02%. Et ça peut faire la différence entre manger ou pas. Le cas est hypothétique, mais l’idée c’est de constater qu’un tout petit montant peut faire une différence énorme dans les pays en voie de développement – souvent une question de vie ou de mort, alors que ce n’est pas le cas ici.

    Alors oui, en achetant de l’étranger, on encourage une industrialisation parfois sauvage mais on permet aussià des travailleurs de survivre. Et ce n’est vraiment pas une raison pour laisser des travailleurs pourrir dans les conditions que tu décris, il faut choisir les moins pire, encourager des changements dans le traitement des travailleurs, comme ça été notamment le cas chez Dole. Je vais aussi jeter un oeil aux références que tu suggères qui sont sans doute d’excellents outils pour nous guider vers quoi acheter.

    Tout ça pour dire que rien n’est simple, mais que choisir d’acheter local, surtout quand ce n’est pas de saison, peut aussi avoir des conséquences négatives sur la vie de travailleurs.

  7. David

    C’est très difficile pour moi d’accepter que par mon action, je permette à des travailleurs de « survivre ». Qu’en achetant des produits exportés de pays pauvres, je contribue ainsi (comme tout le reste des acheteurs nord-américains disons) à MAINTENIR dans des conditions de vie misérables des nations entières.
    Plutot que de s’arrêter à l’argent que recoit un Kenyen pour produire des haricots et survivre, il faut poursuivre l’investigation et chercher quelles sont les conditions qui ont permis à ces paysans de produire des quantités industrielles de haricots exportables à travers le monde entier. Car l’image des petits paysans produisant chacun leur petits champs de légumes n’est qu’illusion.

    Le Kenya, disons, est endetté. Il est approché par le FMI (Fond Monétaire Internationnal : Il serait bien que tu prennes 2 minutes pour aller lire le descriptif du FMI sur Wikipedia (intro seulement) et jeter un coup d’oeil à la section 4.2 justement… si on mange des aliments importés, c’est probablement à cause d’eux.)

    donc le FMI propose d’aider le Kenya en lui accordant un prêt, nommément une aide internationale. Pour ce faire, le pays doit accepter de modifier certaines de ses lois ainsi que de réorienter ses industries. Il doit arrêter de produire des produits pour la consommation intérieure et se tourner vers les marchés d’exportations, qui sont supposés de générer des revenus.
    Il doit permettre à de grandes entreprises étrangères de venir s’installer sur son territoire, permettre la prise de possession de grands territoires et la relocalisation de plusieurs villages dans des lieux à proximité des usines. De grandes monocultures sont installées, et les gens déportés et dépossédés de leur bien devront désormais travailler ou mourir.
    Ces transformations sont faites parallèlement dans plusieurs pays pauvres, ce qui fait en sorte qu’il y une SURPRODUCTION à l’échelle modiale, et contribue à faire DIMINUER les prix des aliments produits et appauvrir davantage les travailleurs.

    Tout ca est très résumé, ca peut sembler invraisemblable, mais c’est bien réel et documenté. Tous ces changements sont fait pour servir les gens de pays développés tels que nous. Mais ce n’est pas le cout réel des produits que nous payons quand nous assujettissons ces paysans à un quasi esclavage. Et c’est sûr qu’un fermier du Québec ne peut compétitionner un tel mode de production.

    Acheter des haricots aux kenyens, je trouve que ce n’est pas de les encourager, mais plutot de les forcer à rester dans un système qui a été créé par le FMI, par nous, pays développés, par nos grandes compagnies multinationnales.

    Pour nous permettre de payer des pauvres le moins cher possible, le plus loin possible, pour ne pas s’en soucier, pour faire le plus de profit possible, pour nous permettre de rester confortablement assis à manger notre souper.

    Favoriser l’achat de produits exportés sans chercher à comprendre les causes qui ont mené à la destruction des structures économiques d’un pays en développement, puis à la réorientation forcée de son économie vers les marchés d’exportation, c’est pratiquer un comportement éthique fallacieux et irresponsable.

    Je ne crois pas que l’exemple d’acheter des haricots permet d’enrayer la pauvreté, parce que ces productions ont été installées au départ dans l’optique de sous-payer (d’exploiter) les travailleurs et de les maintenir dans un état permanent de pauvreté. Plutot, ca prévient la mort.

    Je ne prétends pas avoir la solution, mais je ne veux pas etre dupe. Lucidement, et par respect pour ces gens, je cherche à comprendre, j’analyse. Je ne connais pas Peter Signer, mais je vais parcourir ton blogue et consulter le lien que tu as mis.
    Je voudrais ajouter un point au niveau de l’achat local ou non de produits hors saison: sommes nous obligés d’avoir accès 12 mois par année à tous les aliments qui existent? Sommes nous obligés de combler tous nos besoins, nos caprices, en tout temps?

  8. 1000N

    Bonjour!

    Je ne répondrais pas en long et en large aux propos de ce blogue… J’aime appuyer mes dires de statistiques réelles et bien me documenter et je crois que le jeu ici, n’en vaut pas la chandelle. Cependant, je souhaite rectifier des données afin que l’on ne prenne pas pour des faits ces chiffres erronés.

    D’abord, une facile à contester: à propos de l’impact d’un dollar dépensé pour de la bouffe locale p/r à de la bouffe importée.

    « Un dollar sur un salaire de 40 000$ par année, ça fait 0,0025%. Deux cents sur un revenu de 110$ par année, ça fait 0,02%. »

    40 000$ par année le salaire de nos fermiers et fermières québécoisEs?!?
    Puisque tu aimes les calculs:
    40 000 / 50 semaines / 40 heures = 20,00$ de l’heure

    En réalité, rectifions tout de suite le salaire horaire: nous sommes très loin de ce salaire. Disons que j’en suis témoin privilégié parce que je suis employé sur une ferme et que je ne peux pour le moment espérer plus que 10,00$ l’heure et ça, c’est partout pareil. Ça, c’est le salaire de l’employé, parce que je n’accepterais peut-être pas de travailler gratuitement mais, pour le producteur, la productrice, c’est souvent très près du 2-3$ l’heure, considérant qu’une semaine de travail dépasse largement les 40 heures. Moi-même peut facilement faire des semaines de 60 heures l’été.

    Ensuite, toujours à propos du salaire: j’ai calculé avec 50 semaines de travail car c’est ce que font le commun des mortels, travail à l’année et 2 semaines de vacances, mais en agriculture, c’est saisonnier.

    Calculons ensemble mon salaire annuel:
    10,00$ * 40 heures * (avril-décembre) 32 semaines
    = 12 800$ par année

    Je n’ai pas calculé mes prestations d’assurance-emploi mais je voudrais ajouter qu’un travailleur autonome n’en reçoit pas. Le ou la propriétaire d’une entreprise agricole, a souvent le statut juridique de « propriétaire unique », à moins de faire de sa ferme une entité ou « personne morale » (cie ou coop). Ceci fait en sorte qu’on ne distingue pas ses revenus du chiffre d’affaire et ne se donne pas un chèque de paie avec des déductions pour avoir de l’AE. 40 000$ par an: c’est ce que j’ai vu comme chiffre d’affaires pour de petites entreprises de maraîchage biologique. Moins les dépenses, amortissements, salaires aux employé-e-s, intérêts court terme (I.S.A), il reste des miettes. Mais, selon les calculs du Ministère du Revenu, c’est le 40 000$ qui sera considéré. Pourquoi ne pas avoir une compagnie alors?

    Notions de fiscalité: à cause du taux d’imposition sur les revenus, il n’est pas avantageux d’avoir une compagnie si le bénéfice net (Revenus-Dépenses-I.S.A) est inférieur à 40 000$. Ce sont souvent les fermes laitière, avec des capitaux importants, qui choisiront cette forme juridique.

    Bref, les agriculteurs québécois, malgré ce qu’on en pense, ne roulent pas sur l’or. Y’a qu’à regarder la contestation qui s’opère en ce moment parce que le MAPAQ a décidé de renforcer les critères pour être éligibles à l’ASRA (Assurance-Stabilisation du Revenu Agrciole) pour des productions dont le prix de vente fluctue au cours de l’année à cause des marchés boursiers. S’y trouve une bonne proportions de producteurs d’agneaux. Parenthèse: à cause de la compétition de l’agneau néo-zélandais.

    Je dois bientôt arrêter d’écrire car l’heure avance et que je dois, justement, aller travailler. Il existe des études sur l’impact d’un dollar et de mémoire, c’est plus profitable qu’il soit dépensé ici.

    Je prendrai plus de temps pour répondre ce soir.

    Merci,

    Mylaine

  9. Bonjour Mylaine,
    J’ai bien aimé vous lire et si vous le voulez, j’aimerais bien poursuivre la conversation avec vous. Les chiffres et les études, c’est une chose. La réalité des gens qui vivent de la terre en est une autre.
    Je suis d’accord avec vous pour dire que les agriculteurs ne vivent pas sur l’or et je pense qu’on a aussi plein d’autres bonnes raisons de soutenir l’agriculture d’ici, ne serait-ce que pour des raisons environnementales. J’ai notamment fait à plusieurs reprises la promotions des paniers bios et des légumes de saison, et je vais continuer à le faire (et à en manger!). L’idée derrière mon article et les commentaires qui ont suivis n’était pas de dénigrer les produits d’ici. C’était plutôt de soulever la question de la solidarité dans une perspective plus large et de montrer qu’on a aussi, je crois, des devoirs envers les agriculteurs du tiers monde. Le mouvement locavore – où on ne consomme que de la nourriture locale – manque de cette solidarité internationale. Je pense qu’il est possible d’encourager le développement du local tout en consommant aussi des produits importés qui permettent à des paysans africains de survivre. Le Québec ne peut pas produire efficacement tous les aliments qui s’y consomment, de toutes façons.

    Au plaisir,

    Élise

  10. 1000N

    Merci Élise de m’avoir répondu: ça démontre le sérieux de ce blog et me motive à continuer d’écrire. J’espère aussi que vous ne trouvez pas mes propos condescendants lorsque je parle de rectifier. On fait tous cela, parler sans avoir approfondit ou bien s’avancer et glisser dans le fond du sujet sans savoir nager. Malheureusement, certaines personnes avec de l’influence, tel que des animateurs de radio, le font régulièrement, ce qui a comme effet de galvauder toutes sortes d’idées reçues et qu’après, il faut démêler cet épais tissus de mensonges dans l’esprit des gens.

    Alors maintenant que j’ai terminé de transplanter les tomates dans une petite serre à peine chauffée… (hihi)…

    Je ris car ceci est à des milles et des lunes de l’emploi de technicienne que j’ai occupé pour une grosse entreprise serricole qui produit des tomates même en hiver (dont je vais taire le nom, non pas par respect, mais parce que ce n’est pas une fierté !). Eh oui, mon curriculum est une montagne russe d’emplois divers.

    J’avais ouvert le débat un midi sur la question des tomates mexicaines (On ouvre la parenthèse: au Québec, la compétition pour les fruits et légumes provient surtout de la Californie et du Mexique). Je demandais à mes collègues de travail, considérant l’énorme quantité d’huile usée que nous utilisions pour maintenir la serre à une température voisinant les 20-25 degrés en hiver, si cela était inférieur, équivalent ou supérieur à la quantité de diesel consommée par les camions transportant les tomates du Mexique. S’il y avait fait temps à avoir des mouches, tout-le-monde en aurait eu la bouche pleine.

    Je n’ai jamais vraiment su ou essayé de calculer ce problème, les paramètres étant:
    Consommation d’un camion * Nbr. de camions * Kilométrage * Nbr. de voyages * etc.

    Au final, sans doute est-ce mieux d’acheter des tomates mexicaines sur la base de ce simple calcul. Encore aurais-je aimée parler de la création d’emplois pour le Québec mais, malheureusement, outre moi et les autres « cadres », les employés étaient pour la plupart des guatémaltèques (haha, je ris mais c’est à pleurer).

    Cela dit, mon raisonnement est encore plus radical que cela: il est mieux de ne pas acheter de tomates du tout.

    Je suis comme ça. Je ne crois pas qu’acheter c’est voter. M’enfin oui mais je préfère dire que « ne pas acheter: ça c’est voter ». Disons que je suis pour le boycott simple.

    C’est vrai, comme dit David, que les paysans sont forcés de rester dans le système. Leur économie locale patauge. Les « républiques de bananes » s’épuisent à exporter leur nourriture et sont soumises au dumping de notre surproduction. Les lois économiques sont absurdes: pourquoi exportons-nous autant de pommes que nous en importons?

    Est-ce de l’égoïsme communautaire que de penser que si chacun de nous s’occupait de son milieu proche, ça irait beaucoup mieux dans le monde? Pendant que les gens d’ici détournent les yeux de leur communauté pour aller faire de l’humanitaire ailleurs, est-ce mauvais de penser qu’il faudrait mieux laisser les peuples s’autodéterminer?

    Pour le moment, je n’ai plus d’inspiration pour continuer. Encore une fois, merci et, si c’est moi qui dit des conneries, faites-le moi savoir.

    Mylaine

  11. 1000N

    Cela dit, votre festin d’agnostiques fait saliver.

  12. 1000N

    Sur l’autodétermination des peuples, laissons parler Chomsky, meilleur orateur que je puisse l’être:

    « Je veux croire que les êtres humains possèdent un instinct de liberté et qu’ils souhaitent réellement contrôler leurs propres affaires; qu’ils ne veulent être ni bousculés, ni commandés ni opprimés etc.; et qu’ils souhaitent avoir l’opportunité de faire des choses qui ont du sens, comme du travail constructif et dont ils ont le contrôle — ou qu’ils contrôlent avec d’autres».

    Un travail qui a du sens, une agriculture qui a du sens, c’est quand nous avons l’impression de travailler pour notre communauté, nourrir les gens qui nous sont proches, créer notre autonomie, laquelle est précurseur de la liberté.

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